Télévision ou musique sur téléphone portable, offres pour surfer sur internet à la maison: les opérateurs de téléphonie mobile présentent au CeBIT moult services liés à l’UMTS, espérant tenir leur pari de faire dès cette année de la technologie un marché de masse.

«Nous ne voulons pas vendre des normes, des abbréviations techniques, mais des applications », a assuré jeudi René Obermann lors d’une conférence de presse en ouverture du salon high-tech de Hanovre (nord).

Le patron de T-Mobile, la filiale de téléphonie mobile du premier opérateur européen Deutsche Telekom, résume le credo de toute un secteur. Après avoir payé des milliards pour les licences de téléphonie mobile de troisième génération UMTS, les opérateurs doivent trouver des clients, et tentent de les convaincre à coup de promesses de services. Faire du téléphone portable une console de jeux vidéo ou un baladeur musical est déjà un classique pour cibler les jeunes. La surenchère se fait surtout sur l’ampleur du catalogue. La filiale allemande du britannique mmO2, O2, promet l’accès à 230.000 titres, celle du leader mondial de la téléphonie mobile Vodafone, D2, à 500.000.

En matière de divertissement, un autre axe est la télévision, avec plusieurs démonstrations au CeBIT. T-Mobile propose aux utilisateurs de l’UMTS d’un service de «vidéoclips », des formats courts spécialement conçus pour le téléphone mobile: moments forts d’un match de football ou flash d’informations par exemple. Chez Vodafone, D2 offre en prime la version classique d’Eurosport et d’une chaîne météo allemande.

L’opérateur néerlandais KPN débute lui cet été aux Pays-Bas des tests de télévision numérique pour téléphone portable, pour une mise sur le marché espérée en 2006.

Pour la vidéo-téléphonie, «le marché de masse n’est pas encore là », nuance Lutz Schueler, un responsable d’O2. La société espère plutôt empiéter sur le terrain des opérateurs classiques. Elle a présenté au CeBIT une alternative au réseau fixe, «surf@home »: un boîtier d’environ 10 centimètres sur 20 permettant d’évoluer sur internet grâce à l’UMTS chez soi, avec un ordinateur portable ou de bureau classique.

Une solution qui laisse sceptique l’opérateur historique. «Aucun opérateur de téléphonie mobile en Allemagne ne pourra offrir dans un avenir prévisible une réelle alternative à un accès DSL sur un réseau fixe », selon René Obermann. Quelle que soit la voie choisie, les opérateurs sont condamnés à réussir s’ils veulent rentabiliser leurs coûteux investissements. Ils tentent en tout cas de s’en convaincre. «L’UMTS est le moteur de croissance des prochaines années », a assuré le patron de Vodafone D2, Juergen von Kuczkowski. «T-Mobile a créé les conditions pour entrer sur le marché de masse », a indiqué René Obermann.

Rien qu’en Allemagne, le nombre d’utilisateurs de l’UMTS est censé décoller à 2,5 millions fin 2005, contre dix fois moins fin 2004. Vodafone compte à lui seul dépasser le million. Pas sûr toutefois que les services y suffisent. Il faudra que les équipementiers, souvent critiqués par les opérateurs, fournissent des terminaux en nombre et qualité suffisante. Et une autre variable sensible pour les consommateurs sera la tarification.

Son niveau d’abord: «si le prix monte trop haut, il ne pourront pas s’en servir », note Irwin Jacobs, PDG de l’équipementier américain Qualcomm. Mais aussi sa transparence. Les derniers tarifs d’O2sont libellés en minutes, et non fonction du volume de données transférées car, juge Lutz Schueler, «les clients ne savent pas ce qu’est un mégaoctet. Mais ils comprennent quand on leur parle de durée »