LIBRE ECO WEEK-END | START-UP DE LA SEMAINE

Optagri aide les organismes stockeurs actifs dans la collecte et le stockage de céréales à améliorer leur productivité.

Déterminer quels types de cultures se trouvent à proximité des silos de stockage, identifier les concurrents directs ou encore cartographier les obstacles des agriculteurs. Ce sont là autant de missions que réalise la start-up Optagri. En d’autres termes : aider les intermédiaires entre les agriculteurs et l’industrie agroalimentaire à optimiser leur productivité et leur chiffre d’affaires.

La solution ? Combiner les observations satellitaires et les données de navigation de leurs clients pour doper leur efficacité. La start-up, créée en 2016, tente ainsi, par la même occasion, de moderniser le secteur agricole.

La jeune pousse liégeoise s’attaque à un marché de niche . "Non seulement il s’agit d’agriculture mais, en plus, on se concentre uniquement sur les céréales" , explique Philip Wittmann, le CEO d’Optagri, en charge du développement commercial.

Chaque jour, d’énormes quantités de données, issues du réseau Copernicus (le programme européen de surveillance de la planète), sont analysées. "Ces images sont accessibles gratuitement en ligne" , poursuit le responsable de l’entreprise. "Nous les examinons afin de réaliser des rapports à valeur ajoutée à destination de nos clients" .

Pour un total de sept clients (cinq français et deux belges), plus de 50 millions de parcelles sont stockées dans les bases de données d’Optagri.

Ils sont quatre à s’activer autour de ce projet, mais aucun d’eux ne provient du monde agricole. "Ça apporte un éclairage différent" , justifie Philip Wittmann. C’est d’ailleurs le cofondateur Renato Primavera, géomaticien de formation, qui a mis en place les logiciels et algorithmes de la jeune pousse.

Optagri est capable de déterminer les produits cultivés dans les champs de collecte "grâce à la couleur de floraison des céréales et des systèmes de rotation" . La mise en exergue du réseau routier est un autre avantage qu’offrent ses logiciels puisque la présence de voies ferrées ou de voies navigables peut être une sérieuse contrainte pour les agriculteurs "qui livrent leur production par tracteur et doivent donc éviter les détours afin de gagner du temps."

© D.R.

Innovant mais pas rentable

Capitalisée à hauteur de 200 000 euros, la start-up a bénéficié d’un financement du fonds W.IN.G. by Digital Wallonia. Pour le moment, elle n’est pas rentable. "On réfléchit à mettre en place un autre business model dans lequel nos clients deviendraient actionnaires" , déclare le CEO, dubitatif. "C’est une nécessité pour survivre" .

Les fondateurs avancent plusieurs raisons pour expliquer la relative stagnation de l’entreprise. A commencer par le prix, "qui pourrait être trop élevé pour un public parfois précarisé", analyse Philip Wittmann. Par point de collecte, il faut s’acquitter d’une somme entre 650 et 950 euros, qui varie selon la taille.

Ensuite, le timing fait également l’objet d’une réflexion. Bien que convaincu d’être "arrivé au bon moment au vu des changements climatiques qui affectent les récoltes", l’ancien CEO de BlueBackUp (premier fournisseur de sauvegarde en ligne) s’interroge : "Peut-être sommes-nous un temps en avance ?" Le secteur lui-même est également analysé, car "dépendre d’une industrie dont la principale motivation n’est pas le profit est compliqué" .

Enfin, la non-concurrence inquiète les fondateurs de la start-up, qui balaient la possibilité que le marché soit inexistant. Ils admettent néanmoins n’avoir pas anticipé la réaction des prospects. "Plutôt que de faire appel à nos services, les clients sont convaincus de pouvoir faire la même chose en interne, avec leurs propres outils. C’est l’obstacle principal à la croissance de notre entreprise" , conclut le CEO d’Optagri.