Une faillite bancaire reste un événement exceptionnel en Belgique. Un tel événement pourrait intervenir dans les heures à venir. Selon des rumeurs en effet insistantes, relayées hier par la presse financière, le tribunal de commerce de Gand pourrait prononcer ce vendredi la faillite de la société Optima qui a lancé au début des années 90 le concept de planification financière.

Si elle se confirmait, cette faillite - la première dans notre pays depuis celle de la banque islandaise Kauphting - sonnerait le glas d’une entreprise bien connue en Flandre et dont la devise "Planifiez votre bonheur financier" prend évidemment une drôle de résonance aujourd’hui. Elle ouvrirait la voie à un démantèlement de l’entreprise, créée il y a 25 ans maintenant par Jeroen Piqueur, dont la stratégie de diversification (lire par ailleurs) se solde aujourd’hui par un fiasco juridico-financier. Car le parquet de Gand a été saisi au pénal, le dossier comprenant "des indices d’éventuelles infractions pénales".

L’étau se resserre

Les événements se sont accélérés ces dernières heures. Mardi, la Banque nationale de Belgique (BNB), en sa qualité de contrôleur du secteur financier, retirait la licence bancaire à Optima Banque. Dans un communiqué intitulé pudiquement "Optima achève le démantèlement de ses activités bancaires", la société expliquait, de son côté, avoir dès septembre 2014 pris la décision de "démanteler ses activités bancaires traditionnelles (crédits et dépôts de particuliers)" , mettant en avant des prélèvements bancaires importants, les exigences de capital imposées par Bâle III et des taux d’intérêt structurellement bas. Optima ajoutait être entrée dans la dernière phase de ce démantèlement qui l’avait conduite à entamer une "procédure de renonciation à sa licence bancaire" . Hier soir, réagissant à ces rumeurs de faillite, Optima Bank expliquait "ne pas avoir été mis en faillite pour le moment" et travailler sur "un scénario de remboursement des déposants et des créanciers" .

Mais après l’interdiction de prester un certain nombre de services bancaires, c’est du côté de l’assurance que le couperet est tombé jeudi : la FMSA a suspendu l’inscription d’Optima comme courtier d’assurances, le temps d’une enquête interne. Bref, l’étau se resserre de plus en plus sur la société également connue pour sponsoriser chaque été le très select tournoi de tennis des légendes à Knokke, où figure en bonne place une partie de l’establishment économique et politique du Nord du pays.

Activation du fonds de garantie ?

Actuellement, les comptes des déposants sont bloqués. Mais quid en cas de faillite ? Le fonds de garantie des dépôts serait alors activé, permettant aux déposants de récupérer un montant maximum de 100 000 euros par personne et par compte (à vue et d’épargne). Les comptes-titres, eux, ne seraient pas impactés par une éventuelle faillite.

Une faillite pourrait également avoir des répercussions sur le terrain immobilier. Car en étant également agréé comme agent immobilier, Optima bénéficiait d’un levier mercantile supplémentaire. En effet, sous couvert de conseils indépendants, la société dirigeait ses clients vers l’achat d’immeubles neufs sur lesquels la société touchait des commissions par le biais de son bras immobilier. Suite à la liquidation du groupe, ce sont donc plusieurs "promotions immobilières" qui pourraient être mises à l’arrêt dans tout le pays et c’est sans doute ici que l’on verra la loi Breyne sortir ses effets. Affaire à suivre donc aussi sur le plan immobilier.


Conseiller, banque et courtier : quelle indépendance ?

Au départ, le concept d’Optima était novateur et plutôt attirant. Lancée en 1991, l’activité de la société se basait sur le conseil financier indépendant. Jeroen Piqueur, le fondateur d’Optima, venait du monde du "time sharing" dont la réputation était déjà assez sulfureuse à l’époque. "Début des années 90, ce concept de planificateur financier n’existait pas. Les banques vendaient leurs produits sans avoir une vue sur l’ensemble de la situation de leur client. Au départ, c’était une bonne idée d’intégrer l’ensemble de la situation de fortune, matrimoniale et successorale mais tout cela a dérapé" , nous confie un observateur du marché.

Des relais politiques

En 2011, Optima rachète le bras bancaire d’Ethias pour acquérir le label bancaire et se "donner une virginité". Un Graal qui s’accompagne, à l’époque, de l’arrivée de pointures comme Luc van den Bossche désigné comme président du comité de direction d’Optima Bank (et plus tard comme président du conseil d’administration d’Optima Global Estate) et d’Herman Verwilst, ancien président du comité de direction de Fortis Banque. "Tous ces gens sont très proches du parti socialiste flamand et cela a aidé Jeroen Piqueur à asseoir la notoriété de son groupe en Flandre et surtout de bénéficier de relais politiques" , note un témoin de cette ascension et de la chute de ce groupe.

Ce qui arrive aujourd’hui a cependant été précédé de certains signes annonciateurs. En 2012, l’ISI avait déjà fait une enquête auprès de cette société et, depuis quelques mois, on a assisté à un exode du personnel. "Les rats quittaient le navire" , pressentait-on dans le milieu financier. La rotation du personnel était assez impressionnante dans cette société.

En 2014, Optima Bank a revendu son portefeuille de prêts hypothécaires à Delta Lloyd Bank. Le groupe avait aussi développé une activité de courtier en assurance et était agréé comme agent immobilier. "Ce qui était aussi assez inquiétant c’est la façon dont ces gens travaillaient. En réalité, on était très loin du service de conseil financier indépendant. In fine, les agents proposaient des investissements dans des promotions immobilières sur lesquelles Optima recevait des commissions. Les conflits d’intérêt étaient monnaie courante" , précise notre interlocuteur. Dans le secteur, on ne cache pas sa satisfaction de voir que le régulateur a fait le ménage en nettoyant le paysage financier d’un acteur qui ternissait l’image d’un métier qui se développe. Une autre société doit également se réjouir secrètement : Proximus dont le logo était estimé trop proche du sien par Optima.