Le groupe télécom Altice a perdu plus de la moitié de sa valeur.  

Une véritable descente aux enfers. C’est ce que subit l’entreprise française Altice depuis le début du mois de novembre. Le groupe de télécoms, coté à la Bourse d’Amsterdam, a vu son cours s’effondrer de plus de moitié, passant de 16 à 7,6 euros à la fin de cette semaine. En cause, les résultats décevants de SFR, la pépite hexagonale du groupe : au troisième trimestre, l’opérateur au carré rouge a vu ses ventes reculer de 1,3 %, à 2,76 milliards d’euros.

SFR a le plus grand mal à enrayer la chute du nombre de ses abonnés mobile : ils sont 1,5 million à avoir quitté le groupe depuis son rachat par Altice, fin 2014. Au-delà des difficultés de SFR, c’est toute la stratégie développée par son propriétaire, le magnat franco-israëlien Patrick Drahi, qui est désormais dans le viseur des marchés.

En mode commando

Longtemps, ce diplômé de l’Ecole polytechnique, aujourd’hui âgé de 54 ans, a semblé avoir la baraka. Le natif de Casablanca se lance d’abord dans le câble, après, dit-il, avoir constaté que dans "le top 100 des fortunes américaines, il y en avait dix dans le câble". En 2004, il rachète les activités câble de France Télécom (futur Orange), de Canal + et de TDF pour 500 millions d’euros. C’est la naissance de Numéricable, qu’il fusionnera deux ans plus tard avec Noos.

Les méthodes de Drahi, qui s’entoure d’une équipe de fidèles fonctionnant en mode commando, sont toujours les mêmes. Elles reposent sur un niveau très élevé d’endettement, compensé par une réduction drastique des coûts, et une éradication sans pitié des "doublons", lorsqu’il fusionne plusieurs entreprises. Une manière de procéder proche de celle de certains fonds d’investissement, qui lui permet de rassurer les prêteurs grâce aux économies qu’il parvient à dégager rapidement.

Malgré le fiasco opérationnel de la fusion Noos-Numéricable, la méthode séduit les marchés, qui ont confiance dans l’énergie inépuisable du magnat, et sa capacité qui semble illimitée à transformer le plomb en or. Auréolé de cette réputation flatteuse, Drahi va multiplier les acquisitions, et développer son groupe à l’international, en Israël et aux Etats-Unis notamment. Mais son plus gros coup reste le rachat en 2014 de SFR à Vivendi pour la modique somme de 17 milliards d’euros.

Folie des grandeurs ?

Drahi a-t-il été saisi par la folie des grandeurs ? Son appétit paraît insatiable : il rachète Portugal Télécom (7 milliards d’euros), et aux Etats-Unis Suddenlink (7 milliards de dollars) et Cablevision (17,1 milliards de dollars). Il se lance aussi dans les médias, en acquérant notamment "Libération", le groupe L’Express-Expansion, ou encore NextRadioTV (BFM, RMC…). Enfin, en 2017, il acquiert les droits télévisuels, pour la France, de la Ligue des champions et de la Ligue Europa (1,05 milliard sur 3 ans).

Avec plus de 50 milliards de dette accumulée, Drahi est-il allé trop loin ? A-t-il perdu sa "magic touch" auprès des marchés ? Beaucoup commencent à le comparer à Jean-Marie Messier, l’ex-patron de Vivendi, qui avait lui aussi conçu le projet grandiose de marier "tuyaux" et "contenus". Avec le résultat que l’on sait. "Altice n’a pas d’échéance de dette majeure avant 2022, relativise Jean-René Meduri, analyste crédit chez Spread Research. Il n’y a donc pas de risque de défaut du groupe à court terme."

Pour enrayer la chute du cours, Patrick Drahi a déjà fait un certain nombre de concessions au cours des trois dernières semaines. Le 9 novembre, il annonce le départ du directeur général d’Altice, Michel Combes, et son propre retour au premier plan. Lui qui n’occupait plus de fonction opérationnelle au sein du groupe prend la présidence du conseil, avec l’objectif de superviser la stratégie et son exécution, en particulier en France, où se concentrent les problèmes. Une manœuvre qui n’a pas suffi à enrayer l’effondrement du cours de Bourse. "Il va falloir du temps à SFR pour améliorer ses performances , ajoute Jean-René Meduri. La priorité est d’enrayer la chute du nombre d’abonnés."

Nouvelles annonces

En attendant, Drahi a été contraint de faire de nouvelles annonces, notamment en promettant la cession d’actifs "non stratégiques" . Ce pourrait être son opérateur télécom en République dominicaine, en plus de la cession de pylônes pour antennes-relais.

Reste à savoir si cela sera suffisant. "Le problème, c’est que son business model repose largement sur le fait de pouvoir s’endetter à bas prix, estime, anonymement, un autre analyste. S’il n’y parvient plus, cela risque de mettre en place un cercle vicieux problématique pour lui." Attention à l’atterrissage.