Après sept semaines de grève, le travail reprendra lundi à VW Forest. Ainsi en ont décidé les travailleurs de l'usine, vendredi, via un referendum. Près de 2 000 ouvriers, 1 979 exactement, ont participé au vote : 873 se sont prononcés pour la poursuite de la grève tandis que 1 074 votaient contre. Trois ouvriers se sont abstenus et 29 bulletins ont été déclarés invalides, apprenait-on à l'issue du dépouillement des bulletins organisé en présence de membres de la direction. Le camp des travailleurs en faveur de la reprise du travail l'a donc emporté à 54,26 pc, les partisans de la grève obtenant 44,11 pc.

De leur côté, les employés et les cadres se sont, eux, prononcés à une large majorité (78,5 pc) pour la reprise du travail.

84 000 autos, 2200 ouvriers

Théoriquement, les chaînes de montage se remettront donc à tourner à partir de lundi mais avec deux équipes plutôt qu'avec quatre, comme le prévoit le préaccord conclu entre les syndicats et la direction. Car le site bruxellois ne produira plus que 84 000 voitures (46 000 Polo, 14 000 Golf et 24 000 d'un autre modèle, probablement l'Audi A3) en 2007 et 2008, contre près de 200 000 l'année dernière. Et cela, en attendant la venue, en exclusivité à Forest, de la nouvelle Audi A1, promise à l'horizon 2009 par la direction allemande. Pour l'heure, l'usine occupera 2 200 personnes alors qu'elle en employait encore 5 400 (intérimaires y compris) avant l'annonce, le 21 novembre, de la restructuration.

Le résultat du vote, salué par la direction et nombre de représentants syndicaux, a provoqué quelques incidents à l'entrée de l'usine. Déçus par l'issue du scrutin, une petite cinquantaine de militants, essentiellement affiliés à la FGTB, ont pris la presse à partie. Ils ont la ferme intention de continuer à bloquer l'entrée de l'usine.

Dans la matinée, l'ambiance était déjà très tendue sur le site. Lors d'une assemblée générale du personnel organisée avant le scrutin, les représentants du front commun syndical avaient expliqué le contenu du préaccord. Et à l'applaudimètre, c'est la déléguée FGTB Sandra Goret qui l'avait emporté, avec un discours en faveur de la poursuite de la grève : "L'emploi reste la priorité et la grève permettrait de faire pression sur la direction face à l'insuffisance de garanties dans le préaccord", s'était-elle exclamée. Avant de poursuivre : "Nous revendiquons toujours le maintien de 3 000 emplois, des conditions de travail acceptables, une enveloppe sociale décente, le maintien des salaires et des 35 heures, ainsi qu'une dérogation au Pacte des générations pour une prépension à 50 ans".

A l'issue de cette assemblée, nombre d'ouvriers proclamaient haut et fort qu'ils voteraient contre la reprise du travail. "Si on reprend le travail maintenant, on perd notre force de négociation par rapport au plan industriel futur", expliquait Jacques, en âge d'être prépensionné. "Avec l'argent que le groupe met sur la table pour le plan social (une prime de départ de 144 000 € par travailleur), il aurait pu garder tous les travailleurs au travail jusqu'en 2009".

Vendredi, de nombreux ouvriers qui se sont inscrits sur la liste des candidats au départ volontaire (1 950 au total) étaient sur place. Pas pour voter mais par solidarité avec leurs collègues. "Si je pouvais voter, je voterai contre, juste pour le principe car on nous manipule depuis le début", expliquait Paolo, 16 ans de maison. Patrice, de La Louvière, justifiait, lui, son choix de quitter l'entreprise : "je travaillais dans l'équipe de nuit, j'ai fait mon calcul : si je reste, je serai amené à travailler la journée, avec les frais de déplacement, l'amortissement de mon véhicule, c'est plus intéressant de partir maintenant. J'ai 39 ans, je peux espérer encore trouver un travail. Dans 2 ou 3 ans, si l'usine ferme quand même, ce sera plus difficile". A ses côtés, Manu, ouvrier depuis 7 ans sur le site, a, lui, choisi de rester : "J'aimerais reprendre le travail mais il y a trop d'incertitudes. A quelles conditions va-t-on travailler à l'avenir" ? C'est l'une des nombreuses questions encore en suspens qui seront discutées lors des prochains conseils d'entreprise.

© La Libre Belgique 2007