IAG, Ryanair, Easyjet... L'industrie aérienne britannique et irlandaise annonçait lundi des mesures drastiques pour réduire ses coûts et devrait clouer au sol une majorité de ses avions à court terme pour tenter de traverser la tempête du coronavirus qui paralyse le transport dans le monde.

Les compagnies et les organisations sectorielles avertissaient d'une hécatombe à prévoir dans le secteur à moins que le gouvernement britannique n'intervienne très rapidement pour apporter soutien et liquidités.

Ryanair a averti lundi que les restrictions imposées par un nombre croissant de pays va entraîner le maintien au sol de "la majorité de sa flotte pour les 7 à 10 jours prochains" et que dans les pays où les vols ne sont pas totalement interdits, faire voler des avions pourrait devenir "impraticable voire impossible".

En avril et mai, le transporteur irlandais s'attend à présent "une réduction de sa capacité de sièges jusqu'à 80% et une mise à l'arrêt totale de la flotte n'est pas exclue".

IAG, maison mère de British Airways, prévoit de son côté une réduction de sa capacité de vols d'"au moins 75%" en avril et mai.

Au premier trimestre, sa capacité est attendue en baisse de 7,5% sur un an. Le groupe prend aussi des mesures pour réduire ses coûts tous azimuts (investissements, embauches,...), assurant avoir "de solides liquidités".

IAG annonce par ailleurs qu'au regard des "circonstances exceptionnelles", son patron Willie Walsh, qui devait être remplacé fin mars par celui de la filiale Iberia Luis Gallego, va rester aux manettes pour quelques mois supplémentaires tandis que M. Gallego va gérer la crise chez Iberia.

"L'industrie craque"

La britannique Easyjet a averti dans un communiqué qu'à "cause des restrictions sans précédent imposées par les gouvernements aux voyages pour réduire la pandémie", elle "a mis en place de nouvelles annulations de vols" qui pourraient se traduire à court terme par "le maintien au sol de la majorité de (sa) flotte".

"Il n'est pas sûr que les compagnies européennes (...) survivent à ce qui pourrait se révéler un gel à long terme des voyages", insiste Easyjet, enjoignant les autorités à des mesures d'urgence.

Signe de la débâcle, IAG plongeait de 24% à la Bourse de Londres, Easyjet de 23% et Ryanair de 19% vers 11H00 GMT.

D'après les quotidiens The Guardian et le Financial Times, le président du conseil d'administration de Virgin Atlantic compte envoyer une lettre au Premier ministre britannique Boris Johnson lundi pour demander un plan de sauvetage de 5 à 7,5 milliards de livres.

L'association sectorielle Airlines UK appelle elle aussi le gouvernement britannique à "cesser de tergiverser" et de "compter ses sous", dans une déclaration à la presse.

"Nous parlons du futur de l'aviation, l'une de nos principales industries, et à moins que le gouvernement ne se reprenne qui sait ce qui en restera lorsque nous sortirons de ce bazar", ajoute-t-elle.

De son côté, Richard Moriarty, le directeur général de l'autorité britannique de l'Aviation (CAA), ajoute que "c'est la période la plus difficile pour l'aviation et les tours opérateurs que nous ayons jamais connue" et "la survie de certaines entreprises est réellement en jeu".

Celles-ci vont devoir prendre des "mesures difficiles pour préserver leurs liquidités", poursuit-il, faisant allusion à de probables suppressions d'emplois par milliers.

Le syndicat Unite dit quant à lui avoir écrit au Premier ministre Boris Johnson pour demander la mise en place "sous 48 heures" d'un groupe de travail sur la crise de l'aviation, et son concurrent Balpa qui représente les pilotes demande au gouvernement d'agir immédiatement pour "soutenir l'industrie aérienne britannique qui craque".

M. Moriarty estime toutefois que la demande sous-jacente "est forte" et qu'une "fois que la pandémie sera finie, nous devrions voir un gros rebond de la demande".