Lancer une chocolaterie, un service de vente de vêtements en ligne ou une société de communication graphique... Les idées foisonnent bien souvent dans l’imaginaire fertile des entrepreneurs en herbe. Mais encore faut-il savoir comment procéder dans la « jungle » administrative, financière et logistique de l’entreprenariat. « Via ces 13 étapes de préparation du projet, nous avons voulu simplifier au maximum la donne, explique Xavier De Poorter, fondateur et administrateur délégué des Wikipreneurs.be. Il y a tellement de sujets à aborder et de choses à faire qu’une structure s’avère indispensable pour avancer de façon efficace. On a, en effet, souvent tendance à se focaliser sur ce que l’on aime et ne pas prêter attention à certaines étapes plus laborieuses, mais néanmoins essentielles. Grâce à ces 13 étapes, on est assuré de procéder dans le bon ordre et de ne rien omettre. »

  1. L’idée de départ. Cette première étape peut émerger via différents canaux. Il peut s’agir d’une envie, d’un besoin, d’un ras-le-bol - par exemple à quelque chose qui existe déjà et qui pourrait évoluer, se perfectionner... Il y a des personnes qui ont la capacité de gérer un projet en tant que tel, et ce, quel que soit le secteur d’activité (développement durable ou finances, par exemple). Une opportunité peut aussi être un élément déclencheur. « Je suis cadre dans une entreprise et un client sollicite tel service qui n’existe pas encore : pourquoi ne le lui proposerais-je pas moi-même ? ». Il peut, enfin, s’agir d’une création « sans idée ». On parle ici d’une franchise, ou d’un concept épinglé à l’étranger et encore absent dans notre pays... Dans tous les cas, l’entrepreneur sera tout de suite actif et posera des actes concrets pour réaliser son projet. Il s’agit de faire preuve de détermination, de confiance en soi et... d’esprit entrepreneurial !
  2. Un ou des entrepreneur (s). Il est possible de lancer son projet seul ou à plusieurs. Chaque cas de figure possède ses propres avantages et inconvénients. Dans le cas d’une association qui est un vrai mariage professionnel, les études montrent que le taux de réussite et de croissance sont plus élevés. Par contre, en cas d’échec, c’est dans deux tiers des cas en raison d’une association qui coince. « Au départ, on est souvent très enthousiastes à l’idée de s’associer, mais souvent, « l’amour rend aveugle », et on laisse consciemment ou inconsciemment de côté les sujets qui fâchent comme le mode de rémunération ou l’argent au sens large. » N’hésitez pas à mettre carte sur table dès le départ afin de partir sur de bonnes bases, notamment en croisant vos attentes et besoins grâce à un outil comme « S’associer : pourquoi et comment ? ». ! La principale difficulté, par ailleurs, reste de trouver un associé. C’est pourquoi une « Bourse des associés » vient d’être lancée. Elle permet de chercher un associé ou un projet à rejoindre.
  3. La validation du projet. Valider la création c’est répondre à quatre questions simples : quoi, pour qui, à combien et comment ? Le « quoi » est la nature d’un projet, par exemple la littérature (pour concurrencer les séries télé). Il est majeur de maîtriser le cœur du sujet, d’être compétent, de se former le cas échéant. Pour créer un produit-service à la pointe. Aujourd’hui et demain… Il faut donc vérifier que vous êtes capable de produire votre solution avec la qualité nécessaire.
  4. « Pour qui » renvoie aux bénéficiaires : On définit à présent à qui on s’adresse (par exemple les ados de 14 à 18 ans), on recherche leurs centres d’intérêt, le mode de diffusion (par exemple le digital via Netflix). Pour valider le « besoin client » - étape cruciale – on peut avancer « en mode lean », c’est-à-dire en avançant rapidement par petites étapes avec validations successives. Dans le cas de la littérature, on peut par exemple créer des petites capsules pour donner envie d’acheter le produit, demander aux gens ce qu’ils en pensent, améliorer la forme si nécessaire, etc. jusqu’à avoir adapté le produit au bon prix pour le bon client. La validation ultime est évidemment la vente en elle-même
  5. Rapidement il faut penser chiffres et répondre à la question « à combien ? ». Lors de cette cinquième étape, on se pose la question « Peut-on vivre de cela ? ». Un outil simple permet de poser les bases, c’est « l’équation de création ». Elle provoque souvent un choc salutaire pour se rendre compte des réalités et trouver ensuite les bonnes réponses.
  6. « Si tout ce qui précède tient la route, nous obtiendrons alors un premier business modèle, c’est-à-dire la manière originale de proposer votre solution, à des clients qui en ont besoin/envie et à un prix qui permet la rentabilité du projet », confie Xavier De Poorter. Il s’agit d’un moment clé du processus : votre projet commence à prendre forme.
  7. Une autre étape consiste à arriver le plus vite possible à être « Prêt à la vente ». Le mécanisme de vente est binaire (soit ça marche, soit ça ne marche pas – autrement dit « stop » ou « encore »). « Il faut savoir que dans notre culture judéo-chrétienne, le principe de la vente, de l’argent et du profit peut être considéré comme moralement discutable, ce qui peut parfois agir comme un frein - alors que ce n’est pas le cas dans d’autres cultures. » Tâchez donc d’adopter une attitude décontractée dans votre rapport à l’argent...
  8. Le projet se consolidant, il faut construire un budget qui tient la route. C’est la suite logique de l’équation de création. Nous entrons ici de plain-pied dans la réalité. Par exemple dans le projet de littérature adaptée aux jeunes d’aujourd’hui, cela devient : « La première année, réaliser, distribuer et vendre des capsules digitales va coûter 120.000 euros. Il faut donc en vendre 12.000 à 10 euros et/ou trouver d’autres sources de rentrées. ». On prend souvent une claque à ce stade du projet, mais un « vrai » entrepreneur présentera une résilience rapide face aux difficultés rencontrées et arrivera à trouver un chemin transversal. » Si le modèle ne fonctionne pas, surtout n’abandonnez pas : d’autres solutions existent probablement. Il faut « régler » des éléments du projet : le prix, la manière de vendre (par abonnement, location, via un réseau…), de fabriquer... C’est ce qu’on appelle « faire pivoter le projet ».
  9. Le financement. Vient le moment de trouver l’argent nécessaire à la création du projet : emprunt, actionnariat, fonds propres. Plusieurs pistes pourront être explorées. Certaines filières financières auxquelles vous n’aviez pas pensé pourraient tout à coup se manifester. Restez ouvert et créatif !
  10. Logistique de départ. On rentre ici dans les aspects très pratiques du projet, et c’est bon signe ! De quoi avons-nous besoin techniquement ? Une table de mixage, un studio... « A ce stade, nous avons souvent de bonnes et de mauvaises surprises : par exemple, nous avons besoin d’autorisations imprévues pour les œuvres de Balzac, mais, d’autre part, un contact est super intéressé et veut rejoindre le projet ». Sachez rester centré en dépit des éventuels vents contraires.
  11. Premiers éléments de communication. Un principe clé est « pas vu, pas vendu », et donc il faut communiquer. Préciser le nom de la société, le logo, réaliser une première page web, c’est commencer à définir sa communication. Et c’est une étape très motivante car elle matérialise la naissance du projet !
  12. Premiers recrutements. Il s’agit de définir de quels talents l’entreprise a besoin et sous quelle forme les employer : mi-temps, freelances ? « On hésite souvent à engager en Belgique francophone, car on part du principe que cela va coûter cher... On n’ose pas embaucher tout de suite alors que notre monde évolue à grande vitesse. De plus, constituer une équipe booste la capacité à avancer. A plus forte raison que certaines aides sont disponibles : par exemple ne payer que 50% du coût salarial sur une durée de deux ans... ». Pensez à l’avance aux talents qui renforceront le projet. Cela donne de la perspective et permet quand vous les croiserez de ne pas laisser passer l’occasion. Par ailleurs, donner un travail est une satisfaction et une reconnaissance de votre travail d’entrepreneur.
  13. La création de la société. C’est l’étape administrative. Dès que la structure est officielle, le projet existe vraiment. C’est un peu comme une naissance. Vous êtes plus crédible et pouvez commencer à exercer : achats, investissements, vente, recrutement… Dans le cas de notre exemple axé sur la littérature, on créera une SRL (c’est aujourd’hui le cas pour 9 sociétés sur 10, car cette structure est à la fois souple, facile à mettre en place, et sans obligation de capital minimum). Voilà, les étapes de préparation sont franchies. Vous avez atteint votre objectif et créé votre entreprise. L’aventure avec un grand A commence…