La menace, réelle ou supposée, d'un raid de l'Américain PepsiCo contre le groupe agroalimentaire français Danone (produits laitiers, les eaux Evian, Badoit et Volvic, etc.), s'est dégonflée lundi après que l'Autorité des Marchés Financiers (AMF), le gendarme français de la bourse, eut déclaré que «PepsiCo ne prépare pas d'opération financière sur Danone».

Conséquences imprévisibles

Il a néanmoins indiqué que l'hypothèse d'une offre publique d'achat (OPA) était plausible dans l'absolu, le groupe français étant présent «sur des catégories de produits attractifs, avec de solides positions, en particulier en Europe et dans les pays émergents» et 85pc de son capital circulant en bourse. La famille Riboud est le premier actionnaire avec environ 6,75pc.

Cette annonce a fait reculer le titre de 7,52pc à 81,80 euros.

Des soupçons, relayés par la presse, sur la possibilité d'une manipulation de grande envergure ont obligé le groupe Danone à intervenir. Les «allégations selon lesquelles c'est Danone qui a suscité la spéculation sur son cours la semaine dernière sont absolument sans fondement», a déclaré un de ses porte-parole.

Dans son édition de lundi, le journal «Le Monde» évoquait «une campagne orchestrée de main de maître, mais aux conséquences imprévisibles».

Au moment où la France est en plein doute après la victoire du «non» au référendum sur la constitution européenne, les rumeurs d'un rachat de Danone avaient entraîné une forte mobilisation de la classe politique, à droite comme à gauche.

Fabrice Rémon, associé auprès de la société Deminor spécialisée dans la défense des actionnaires minoritaires, qualifie de «très démagogique», la réaction des hommes politiques. Cela donne de la France une image «très cocorico» alors qu'elle cherche à attirer des investisseurs étrangers dans le cadre des différentes privatisations (Gaz de France, EDF...).

Colette Neuville, présidente de l'Adam (Association des actionnaires minoritaires), pense que «c'est contraire à l'intérêt général de la place financière de Paris de nourrir un sentiment nationaliste».

Même le président Chirac était monté personnellement au créneau. Tentant de parer à d'éventuelles critiques sur l'opportunité de telles interventions, le ministre de l'Economie Thierry Breton a estimé lundi qu '«il est normal que le président de la République et le Premier Ministre aient montré leur attachement aux perspectives de développement de nos entreprises nationales».

Mauvais résultat

Lundi, le mystère était toutefois loin d'être levé car rien n'indiquait que le groupe américain n'ait pas eu de réelles visées sur Danone avant de se raviser, au moins dans l'immédiat.

Pour le journal économique «Les Echos», la stratégie de défense du groupe aurait dans ce cas été payante car «la levée de boucliers en France a de quoi faire réfléchir fortement un éventuel assaillant».

Interpellées par l'ampleur de l'affaire, plusieurs associations de petits actionnaires ont saisi l'AMF. Celle-ci a confirmé lundi étudier de près l'évolution à la fois du cours de bourse de Danone et les volumes de titres échangés. «Notre souci est que l'actionnaire minoritaire n'ait pas été trompé», souligne Fabrice Rémon.

Colette Neuville s'interroge sur la «concomitance entre la campagne médiatique anti-OPA qui a fait monter les cours et la publication d'un mauvais résultat net semestriel qui aurait pu le faire baisser dans un contexte normal». Pour elle, «les analystes n'ont pas fait leur travail».

© La Libre Belgique 2005