Le président de la Banque mondiale Paul Wolfowitz a accepté jeudi de démissionner le 30 juin pour mettre fin à la crise provoquée par les accusations de népotisme portées contre lui et qui ont secoué les fondements de l'institution.

"J'annonce aujourd'hui (jeudi) que je démissionne de la présidence du groupe Banque mondiale à compter de la fin de l'année fiscale", soit le 30 juin, a indiqué l'intéressé, dans ce communiqué.

"Les administrateurs prennent acte de la décision de M. Wolfowitz", a pour sa part indiqué le Conseil d'administration dans ce texte dont la publication est intervenue après trois jours de délibération.

Les 24 représentants du Conseil d'administration, qui représente les 185 Etats membres, ont précisé qu'ils avaient "accepté" l'assurance fournie par M. Wolfowitz, 63 ans, qu'il avait agi "avec éthique et de bonne foi" en ordonnant personnellement l'avancement de sa compagne, Shaha Riza, également employée de l'institution.

"Je suis satisfait qu'après avoir examiné les preuves, les administrateurs aient accepté l'assurance (que je leur ai fournie) que j'avais agi avec éthique et de bonne foi dans ce que je pensais être les meilleurs intérêts de l'institution", a répété M. Wolfowitz, dans ce texte qui illustre le compromis intervenu entre les deux parties.

Les administrateurs ont ajouté qu'il était "clair au vu des éléments qu'un certain nombre d'erreurs ont été commises par plusieurs individus dans la gestion de cette affaire et que les dispositifs de la Banque ne se sont pas avérés suffisamment rigoureux pour faire face aux contraintes auxquelles elles ont été soumises".

En reconnaissant implicitement l'ambiguïté des procédures de la Banque en matière de conflits d'intérêts, et la faiblesse des règles existantes -- qu'ils se sont engagés à perfectionner -- les administrateurs permettent à M. Wolfowitz de sauver la face, sans avoir à le disculper tout à fait. De son côté, il ne part ni sur une faute, ni sous le coup d'accusations humiliantes, ce qui était, de son point de vue, inacceptable.

M. Wolfowitz, qui présidait la Banque mondiale depuis juin 2005, "ne démissionnera pas sous le feu", avait averti mercredi son avocat, Robert Bennett.

Les administrateurs ont signifié leur "gratitude" à l'égard de l'intéressé "pour son service à la Banque" et souligné "le sens du devoir et des responsabilités qui l'ont conduit" à démissionner.

M. Wolfowitz ne se rendra pas à la réunion des ministres des Finances du G8 vendredi à Postdam comme il était prévu, a-t-on indiqué de source proche du dossier. Cela illustre le fait qu'il a en pratique déjà quitté la présidence de la BM. Il s'est également engagé jeudi à ne pas prendre de décisions importantes en matière de politique ou de nominations d'ici son départ, ont indiqué des sources proches des délibérations.

George W. Bush, qui avait retiré implicitement jeudi son soutien à l'ex-numéro deux du Pentagone, a indiqué regretter son départ et "aurait préféré qu'il reste à son poste" mais va bientôt désigner un candidat pour sa succession, a indiqué la Maison Blanche.

L'organisation non gouvernementale (ONG) Oxfam a estimé jeudi que le successeur de Wolfowitz devrait être désigné de manière transparente et sur la base du mérite. Selon une règle non écrite, les Etats-Unis choisissent le président de la Banque mondiale et les pays européens celui du Fonds monétaire international (FMI), l'institution soeur.

Bernice Romero, l'une des dirigeantes d'Oxfam, a estimé que cet "actuel arrangement injuste (...) doit être supprimé". La liste des éventuels successeurs de M. Wolfowitz s'allonge chaque jour depuis le début du scandale. Outre l'ancien représentant américain au Commerce (USTR) Robert Zoellick toujours favori, sont désormais cités : l'actuel numéro deux du Trésor, Robert Kimmitt, ou Paul Volcker, ancien président de la Fed, qui pourrait assurer une période d'intérim.