L’Américain Paul Wolfowitz a été nommé jeudi le 10e président de la Banque mondiale, cette personnalité controversée proposée par Washington étant le seul candidat en lice.

Les administrateurs de l'institution internationale, qui représentent les 184 pays membres de l'institution ont approuvé la nomination à l'unanimité, selon un communiqué de la Banque mondiale.

La candidature de Paul Wolfowitz, numéro deux du Pentagone et l’un des principaux artisans de la guerre en Irak, avait provoqué une vague de critiques, mais aucun pays membre de la banque ne s’est formellement opposé à lui, en particulier les Européens.

M. Wolfowitz succèdera le 1er juin à James Wolfensohn, le président de la Banque depuis dix ans qui part à la retraite le 31 mai.

Le nouveau président a remercié les administrateurs pour «la confiance» qu'ils lui ont accordée et a promis de remplir «la mission» première de l'institution qui est la réduction de la pauvreté.

«Rien n'est plus gratifiant que de pouvoir aider les gens dans le besoin et de développer des perspectives pour toutes les personnes dans le monde afin qu'elles puissent se réaliser pleinement», a-t-il estimé dans une longue déclaration, publiée par le service de presse de la Banque.

Le faible nombre de manifestants reflète mal la levée de boucliers provoquée par la candidature Wolfowitz, en particulier de la part des organisations non-gouvernementales (ONG) qui s’occupent du développement et de la lutte contre la pauvreté.

Parmi les principaux reproches faits à l’Américain: son rôle joué dans la guerre en Irak, mais aussi son manque d’expérience en matière de lutte contre la pauvreté ou d’aide au développement.

Les ONG craignent aussi que M. Wolfowitz ne transforme la Banque en instrument au service de la stratégie de l’aide au développement favorisée par le président Bush.

Paul Wolfowitz «est un idéologue ayant amplement démontré qu’il est motivé par une vision de la domination américaine. Il a aussi donné la preuve de son incompétence en termes d’action stratégique» notamment en Irak, accuse Soren Ambrose, responsable de l’ONG «50 years is enough» pour une réforme des institutions multilatérales.

D’autres laissent le bénéfice du doute pour le moment au néo-conservateur. Malgré une offensive médiatique éclair depuis la mi-mars, il n’a guère donné de détails sur ce qu’il comptait faire une fois nommé à la tête d’une institution qui l’année dernière a dépensé 20 milliards de dollars dans des projets d’aide au développement.

«On le verra à l’oeuvre», a souligné un haut responsable européen à Washington, en rappelant que M. Wolfowitz avait pour lui «son intelligence et sa capacité d’écoute».

Conscient de sa réputation sulfureuse, il a dit et répété qu’il ne serait pas la «taupe» de Washington à la Banque.

«J’entends avoir une équipe dirigeante véritablement multinationale», a-t-il affirmé aux Européens, lors d’un déplacement à Bruxelles mercredi, mais sans promettre de prendre l’un des leurs à ses côtés.

Aux administrateurs représentant les pays pauvres de la Banque, M. Wolfowitz a réaffirmé que «la réduction de la pauvreté et le développement économique sont les principales tâches de la Banque» et il a promis «qu’il n’essaiera pas de poursuivre des objectifs politiques».

Il a aussi mis en avant son expérience d’un pays en développement. Il a passé trois ans en Indonésie comme ambassadeur des Etats-Unis.

Mais c’est aussi le processus de désignation du président qui a suscité une nouvelles fois l’amertume des pays en voie de développement, écartés d’un processus qui les concerne pourtant au premier chef.

Par tradition, Washington se réserve la présidence de la Banque mondiale alors que les Européens ont celle du Fonds monétaire international.

Depuis la création des deux institutions en 1944, cette règle a toujours été respectée.