E coeurement, tristesse, honte... Le monde politique est lui aussi sous le choc de la décision du groupe Volkswagen.

Le Premier ministre, Guy Verhofstadt , s'est dit particulièrement choqué par le transfert de l'assemblage des Golf, de Forest vers Wolfsburg, là où la production des voitures allemandes est pourtant plus chère qu'en Belgique : " Cela prouve clairement que les principes de marché n'ont pas joué dans ce dossier ", estime le Premier ministre qui aura une rencontre avec la direction allemande du groupe au début du mois de décembre.

"Mon sentiment est celui de l'écoeurement", lance la vice-Première ministre PS, Laurette Onkelinx. "Il s'agit là du pire des scénarios catastrophe. Et cela est d'autant plus choquant que cette restructuration est annoncée par un groupe qui dégage de plantureux bénéfices. En 2005, rappelle-t-elle, l'usine de Forest a versé 30 millions à la maison mère."

Que peut faire le gouvernement fédéral ? "Il doit établir des contacts industriels et politiques en Allemagne pour sécuriser autant que possible la production des Polo sur le site de Bruxelles, voire accueillir l'assemblage d'un nouveau modèle ." Pour Laurette Onkelinx, il faudra aussi dégager des moyens régionaux, fédéraux, européens, pour financer la reconversion et le plan social. Dès le 1er décembre, un fonds social européen doté de 500 millions d'euros devra permettre d'accompagner les licenciements passifs. Il devra, dit-elle, servir aux travailleurs de VW Forest.

Le ministre des Finances, Didier Reynders (MR), se dit aussi choqué, pas seulement par le drame social que vivent les travailleurs de VW Forest, "mais aussi par la façon dont la décision a été prise". Il rappelle que des mesures avaient été décidées, tant dans l'entreprise qu'au sein du gouvernement en matière de travail en équipe, de travail de nuit, d'heures supplémentaires pour permettre au site de Forest de rester concurrentiel à l'intérieur du groupe. "Mais on sent que les paramètres n'ont pas été exclusivement économiques."

Pour Elio Di Rupo (PS), ministre-Président de la Région wallonne, la situation à laquelle sont confrontés les travailleurs de Volkswagen à Forest "est un drame humain et économique de portée nationale". Elio Di Rupo a demandé au Premier ministre, Guy Verhofstadt d'organiser une concertation entre les ministres de l'Emploi des trois Régions et du gouvernement fédéral. Dans un premier temps, M. Di Rupo estime que les initiatives prises doivent viser à réduire au maximum le nombre de licenciements. Ce n'est que dans un deuxième temps, une fois que des décisions formelles auront été prises et que des accords sociaux auront été négociés, que la Région wallonne pourra intervenir.

"Honte à Volkswagen", s'insurge la députée européenne socialiste, Véronique De Keyser (PS) : "Une telle décision, inspirée par la rentabilité maximale, est une atteinte sévère à l'esprit européen, à la solidarité des travailleurs et une gifle à l'Europe sociale."

Pour Joëlle Milquet (CDH), un tel drame social est totalement inacceptable et réclame un sursaut urgent et vigoureux des autorités européennes afin de mettre fin aux délocalisations absurdes au sein même de l'Union européenne. "Cette logique aveugle frappe aujourd'hui une unité de production qui présente pourtant des résultats qui figurent parmi les meilleurs du groupe VW sur le plan de la productivité et de la qualité d'assemblage; le personnel belge de VW n'a cessé en plus de démontrer ses excellentes capacités professionnelles", commente la présidente du CDH.

Quant à Jean-Michel Javaux, secrétaire fédéral d'Ecolo, il ne cache pas sa révolte : "Quel argument économique peut-il justifier d'interdire à une des usines les plus productives du groupe de poursuivre son travail ? Quelle explication donner aux 3 500 ouvriers de cette usine qui, du jour au lendemain, vont perdre leur emploi, alors qu'ils avaient déjà accepté tous les sacrifices pour le maintenir ?"

Enfin, Ecolo exige du Premier ministre qu'il inscrive ce "massacre social", à l'ordre du jour du Conseil européen des 14 et 15 décembre à Bruxelles, afin d'envisager comment conclure, au niveau européen, des conventions collectives de travail empêchant des groupes européens "sans scrupule de s'adonner impunément à un chantage à l'emploi".

Le gouvernement s'attelle à organiser pour le début du mois de décembre une réunion avec la direction de VW. Pour le premier ministre Guy Verhofstadt, les chances que ces discussions aboutissent sont minces. Il entend toutefois tout entreprendre afin de garantir l'avenir de l'usine de Forest.

Le premier ministre et le ministre de l'Emploi, Peter Van Velthoven, ont fait une courte déclaration au nom du gouvernement mardi en fin d'après-midi.

Le transfert de la production de la Golf vers l'Allemagne est un coup dur pour l'implantation de Forest. La première pensée va aux travailleurs de l'usine elle-même mais aussi à ceux des fournisseurs, a dit le premier ministre.

Il a ajouté qu'il était déçu de devoir constater que des "considérations nationales" constituaient le fondement de la décision de la direction allemande de l'entreprise.

M. Verhofstadt se dit d'autant plus choqué que des efforts importants ont été faits ces dernières années pour transformer cette implantation, comme les autres entreprises d'assemblage en Belgique, en l'une des plus productives d'Europe.

"Je comprends l'amertume des travailleurs et des familles touchées par ces mesures", a-t-il dit.

"J'ai eu ce mardi un entretien avec le responsable de la restructuration du groupe, M. Bernhard. Le gouvernement s'attelle à organiser une réunion avec la direction de VW pour le début du mois de décembre. Mais je tiens à ajouter que les chances que ces discussions aboutissent sont minces. Je veux néanmoins tout entreprendre afin de pouvoir garantir un avenir à l'usine", a dit Guy Verhofstadt.

Et de préciser qu'une concertation se tiendra ce mardi soir en présence des syndicats et de la direction locale. "En collaboration avec les gouvernements des Régions, nous entendons oeuvrer à la mise sur pied d'une cellule d'emploi afin d'optimiser les opportunités de remise au travail des travailleurs concernés", a ajouté le premier ministre.

Enfin, il a souligné que ces derniers jours ont été difficiles et que les jours à venir le seront également. "J'en appelle néanmoins à chacun pour que le calme de ces derniers jours continue de régner et que la solidarité domine cette période difficile", a-t-il conclu.

Le ministre de l'Emploi a également insisté sur l'importance de tout faire pour chercher une solution pour ceux qui auront perdu leur emploi. Il a également lancé un appel à tous pour que, "une fois le choc digéré, chacun réagisse de façon constructive pour qu'on puisse élaborer un bon plan social".

Répondant à une question, le premier ministre a encore dit que la direction de l'entreprise n'avait donné aucune indication sur le fait que l'usine de Forest pourrait se voir confier le montage d'un autre modèle. Ce point sera d'ailleurs un des principaux éléments de la discussion qu'il espère mener début décembre avec la direction, a-t-il ajouté

© La Libre Belgique 2006