Le groupe français Pernod Ricard, numéro 3 mondial des vins et spiritueux, devrait s’emparer du numéro 2, le britannique Allied Domecq, en mettant la main sur de nombreuses grandes marques, pour renforcer sa position face à un autre britannique, le géant Diageo.

Pernod Ricard a annoncé jeudi qu’il lançait une offre publique d’achat (OPA) amicale sur Allied Domecq pour quelque 10,7 milliards d’euros (7,4 milliards de livres sterling).

«Je suis très satisfait de cette transaction qui fait de nous le numéro deux mondial des vins et spiritueux» derrière Diageo, s’est félicité Patrick Ricard, le PDG du groupe, lors d’une conférence de presse.

Devenu leader mondial en dehors des Etats-Unis, le groupe français, qui voit le volume de ses caisses de vins et spiritueux vendues dans le monde grimper de 50 à 77 millions de caisses de 9 litres, se rapproche de Diageo (91 millions de caisses) même si l’«écart reste important», admet Patrick Ricard.

Pernod Ricard va aussi faire passer son chiffre d’affaires de 3,5 à 5,8 milliards d’euros, encore loin derrière le géant britannique, né de la fusion de GrandMet et de Guiness en 1998, qui a réalisé près de 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour son exercice 2003-2004.

A ses prestigieuses marques que sont les whiskies Chivas Regal, Clan Campbell, Glenlivet, le vin australien Jacob’s Creek, le gin Seagram’s, le whiskey irlandais Jameson, le rhum cubain Havana Club et le bourbon américain Wild Turkey, Pernod Ricard va pouvoir ajouter à son portefeille le whisky Ballantine’s, le gin Beefeater, le rhum Malibu, la vodka Stolichnaya et Tia Maria, ainsi que des vins haut de gamme tels que Montana, Mumm (y compris Mumm Cuvée Napa) et Campo Viejo.

Un tiers de l’activité vins et spiritueux de Allied Domecq, dont le cognac Courvoisier, va être cédé à l’Américain Fortune Brands, le partenaire du groupe français dans cette opération, pour 4,1 milliards d’euros.

Le marché boursier à Paris a salué cette OPA, la plus importante en Europe depuis le début de l’année. Le titre Pernod Ricard, la plus forte hausse du CAC 40 jeudi, s’est envolé avec un gain de 6,76% à 124,80 euros, dans un marché en hausse de seulement 0,03%, ayant triplé au cours des cinq dernières années.

Quatre ans après l’acquisition de 39,1% du canadien Seagram, et de nombreux rapprochements dans le secteur, Pernod Ricard se devait de participer à la course à la consolidation. Sa position de troisième opérateur mondial l’aurait marginalisé ou fragilisé, le transformant en cible et non plus en prédateur, selon les analystes.

Par ailleurs, le fait que l’OPA se fasse sur une base amicale réduit les chances d’une éventuelle contre-offre, et donc d’une bataille de surenchère.

L’achat, à Vivendi, d’une partie de Seagram, réalisé en 2001 en collaboration avec Diageo, avait déjà fait grimper le groupe de la cinquième à la troisième marche du podium mondial.

La France, où la vente de pastis diminue depuis plusieurs années en raison notamment des campagnes contre l’alcool au volant et d’une moindre vogue chez les jeunes, ne représentera plus à l’avenir que 16% des volumes vendus contre 22% actuellement.

Pour financer cette OPA, Pernod Ricard (12.200 salariés actuellement) a indiqué qu’il «empruntera environ 9 milliards d’euros» auprès d’un groupe de banques, cet argent servant également à refinancer une partie de ses dettes existantes ainsi que celles d’Allied Domecq.

Pernod Ricard est ainsi passé en 30 ans du stade d’une petite société familiale au statut de géant des spiritueux, en se renforçant notamment dans le secteur des liqueurs et des alcools blancs, deux segments du marché en fort développement grâce à la vogue grandissante des cocktails.

Pour assouvir ses ambitions, Patrick Ricard a dû toutefois consentir que la part de sa famille soit diluée dans le groupe, indiquant que celle-ci passerait «légèrement en dessous de 10%» contre 12,6% actuellement, les droits de vote étant réduits proportionnellement, entre 16 à 17%.

«Nous sommes ambitieux pour nos successeurs», a conclu Patrick Ricard, confirmant qu’il quitterait ses fonctions opérationnelles de direction «dans 3 ans», à seulement 63 ans.