Philippe Delusinne, CEO de RTL Belgium, était invité sur le plateau de LN24 ce vendredi soir dans le cadre de l'émission économique "Les acteurs de l'éco". Il a bien évidemment été question de la vente de RTL Belgique, envisagée par la maison mère.

Pour le patron de RTL, si de grosses industries du style Netflix prennent de plus en plus de poids, notamment en termes de contenus, le média pourrait être sauvegardé car "la proximité restera fondamentale". "La proximité, c'est d'abord l'information, qui est cruciale. C'est ensuite des productions propres faites dans notre pays, avec des gens de chez nous. C'est enfin aussi le direct, le live, comme le sport par exemple. Et tant que ces piliers-là sont préservés par un acteur local, je pense qu'on ne doit pas s'inquiéter pour la télévision linéaire", explique Philippe Delusinne. "Mais ce que je pense par contre, et cela a été évoqué par le patron de RTL Group cette semaine, c'est qu'il ne restera de la place que pour certains grands champions locaux, parfois même un seul grand champion local. Dans le monde économique actuel, à côté d'un opérateur public qui est d'après moi important, il n'y a plus de place que pour un voire deux acteurs locaux importants. Cela implique donc une concentration, une consolidation des médias et aujourd'hui, au niveau de RTL, nous regardons dans différents marchés comment on peut s'associer à un autre opérateur pour être un grand champion local."

Interrogé sur la possibilité de voir un jour une grande plateforme belge francophone (pour l'instant, plusieurs occupent le marché telles RTL Play, RTBF Auvio etc), Philippe Delusinne se montre très ouvert: "France Télévisions, TF1, M6 se sont réunis pour faire Salto. En Belgique, petit marché, l'avenir est qu'on se rassemble. Les deux grands opérateurs que sont la RTBF et RTL doivent donc à un moment donné s'entendre pour faire une plateforme commune. Mais pour qu'on se rassemble, il faut le vouloir. On est prêt à le faire de notre côté. Il faut voir si l'autre opérateur est aussi prêt à le faire. Ce sont des sujets qui devraient être mis sur la table et qui ne le sont pas forcément aujourd'hui."

Concernant la vente de RTL Belgique, Philippe Delusinne reste assez flou mais tient tout de même à souligner: "La première chose, c'est que je ne peux pas vous donner de détails sur cette opération de mise en vente éventuelle. Une banque a été mandatée mais la mise en vente ne veut pas dire qu'il y aura vente. Il y aura uniquement vente s'il y a un candidat intéressant pour le rachat de RTL en Belgique. La deuxième chose, c'est que de toute manière, je n'ai jamais vu quelqu'un acheter une valeur pour la détruire. Et nous sommes une vraie valeur chez RTL. Cette valeur, ce sont trois choses: d'abord les résultats de RTL - avec un bénéfice de 16 millions avant impôts -, ensuite les gens qui font cette valeur - une équipe performante à tous les niveaux - et enfin des perspectives - nous sommes convaincus que dans les cinq années qui viennent, nous avons une perspective d'évolution d'une société qui poursuivra dans la télévision linéaire et mettra à profit les évolutions technologiques notamment digitales, une société qui sera performante en termes d'audience et donc en termes de santé financière.

"Des médias audiovisuels comme la télévision ou la radio ont encore de belles années devant eux"

Rachetée ou pas, quelle image RTL Belgique aura-t-elle dans cinq ans? A cette question, le patron du média privé répond: "C'est un défi extraordinaire. Vous m'auriez demandé il y a cinq ans où on en serait aujourd'hui, j'aurais été incapable de vous répondre. Franchement je n'en sais rien. Ce que je peux vous dire c'est que je suis convaincu que des médias audiovisuels comme la télévision ou la radio ont encore de belles années devant eux parce que les gens aujourd'hui ont besoin d'émotions, de sensations, de proximité, de choses proches d'eux et qu'il y aura toujours, par rapport aux grandes séries américaines ou grands feuilletons américains, de la place pour un opérateur qui offre un contenu de proximité. Même si le monde devient de plus en plus global, la proximité est une chose essentielle, qui est la réalité d'ailleurs de notre succès aujourd'hui chez RTL. Que ce soit à travers le Télévie, nos speakerines ou notre information, tant que le public belge s'approprie et s'identifie à RTL, je pense qu'alors on a encore de belles années devant nous."

Parmi les hypothèses envisagées pour le rachat de RTL Belgique, il y a celle d'un groupe flamand. Avec des conséquences indéniables sur la pluralité des médias en Belgique francophone... "Si d'aventure RTL devait disparaître, mais je pense et je suis même sûr que ce ne sera pas le cas, nous ne serons jamais remplacés. Aucun opérateur privé, partant de rien, ne pourra entrer dans ce marché et être rentable en faisant ce que nous faisons depuis 30 ans avec un grand succès. Ce serait dès lors une solitude dramatique pour la RTBF sur ce marché et pour tous les gens qui comptent avoir une autre information que celle de la chaîne publique. L'enjeu ici, outre celui économique, commercial ou de divertissement, c'est le pluralisme de l'actualité, de l'information que nous faisons aujourd'hui. Et il s'agit d'un enjeu fondamental."

Quand on lui demande si l'adoubement avec un groupe flamand ne permettrait pas d'être plus rentable sur le marché publicitaire en pouvant s'attaquer à des annonceurs nationaux, Philippe Delusinne rétorque: "Mon propos n'est absolument pas politique. Nous sommes deux marchés différents, avec une culture différente et cela se reflète en terme de contenus. Par contre, nous sommes effectivement encore un seul pilier au niveau économique et commercial, au niveau publicitaire également et donc que ce soit tous les gros annonceurs, des marques de voiture aux assurances en passant par les banques, ils regardent le marché comme une entité unique. Si demain il devait y avoir une entité commerciale de régie publicitaire qui vend le nord et le sud, je pense qu'effectivement ce serait une chose positive pour le marché".