Philippe Lamberts (Ecolo) est député européen spécialiste des matières financières. La méfiance envers le secteur bancaire ne le surprend pas.

La méfiance des particuliers vis-à-vis de BNP Paribas Fortis et de Belfius reste importante. Cela vous surprend-il ?  

C’est tout à fait compréhensible. Aucune personne aux manettes de ces institutions durant la crise financière n’a fait amende honorable. Maurice Lippens, l’ancien président de Fortis, se dédouane en déclarant qu’il n’est pas banquier. Pire, Karel De Boeck, l’ancien gendarme du risque chez Fortis, est toujours aux affaires en tant que président de Dexia. A cela s’ajoute le scandale de manipulation du Libor. Dernièrement, les autorités japonaises ont ouvert une enquête sur la Deutsche Bank pour fraude. En outre, le secteur bancaire se montre particulièrement réticent au changement. Tout cela suscite logiquement de la méfiance chez les particuliers.  

Il y a une très forte inquiétude à propos de la solvabilité de BNP Paribas, est-ce justifié ?  

BNP Paribas fait partie des grandes banques mondiales aux pieds d’argile. Une partie substantielle de son activité est orientée vers la spéculation sur les produits dérivés. Ses dirigeants vous diront qu’ils respectent les ratios de solvabilité. Cependant, on remet de plus en plus en cause le mode de calcul du ratio de solvabilité dans le monde anglo-saxon. Ce ratio est la division des fonds propres par les actifs pondérés en fonction du risque. Or, l’évaluation du risque des actifs est de la responsabilité des banques. La dette publique, grecque y compris, est considérée comme un risque zéro. Respecter le ratio de solvabilité n’est donc pas un gage de solidité.  

BNP Paribas n’est pas une institution sûre, selon vous ?  

Récemment, une étude suisse est arrivée à la conclusion que BNP Paribas affichait une solvabilité assez basse, avec un effet de levier d’environ 2 à 3 %. Ceci signifie qu’une baisse de la valeur de ses actifs de 2 à 3 % la mettrait en faillite sans l’intervention des pouvoirs publics. Or, BNP Paribas est une banque universelle, ce qui signifie que des dépôts belges peuvent être utilisés dans n’importe quel pays où elle est présente. Et comme il n’y a pas de séparation étanche entre la banque de dépôt et d’investissement, des pertes dans les salles de marché à Paris, Londres ou Francfort pourraient impacter les déposants et contribuables belges.  

La solvabilité de Belfius est-elle aussi inquiétante ?  

Belfius est avant tout une banque de détail qui ne spécule pas outrancièrement sur les marchés financiers. Son seul problème réside dans ses liens avec Dexia qui pourraient lui causer des problèmes en cas de faillite.  

Le sondage montre également une certaine méfiance vis-à-vis du régulateur…  

Ce n’est pas étonnant. On sait que l’ex-CBFA avait avalisé le rachat très risqué d’ABN Amro par RBS, Fortis et Santander. La même CBFA n’avait pas vu que Fortis était exposé à hauteur de 40 milliards d’euros sur les subprimes aux Etats-Unis. Au niveau européen, des banques espagnoles et irlandaises avaient réussi les tests de résistance avant de tomber en faillite. Il n’est donc pas étonnant que le particulier doute de la fiabilité des contrôles. D’autant plus que les choses n’ont pas fondamentalement changé depuis la crise. L’enjeu actuel est d’avoir une régulation assurée par la Banque centrale européenne. Un régulateur basé à Francfort aura certainement plus d’indépendance pour évaluer les banques belges.