Philippe Maystadt : "Il existe un projet d’agence de notation européenne"

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Dorian de Meeûs

Publié le - Mis à jour le

Philippe Maystadt : "Il existe un projet d’agence de notation européenne"
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Un entretien sans langue de bois où il critique sévèrement les erreurs commises par les agences de notation : « Il est clair qu’elles se sont trompées dans certains cas. Avant la crise de la dette souveraine, elles n’ont pas vu les problèmes posés par certains produits toxiques tout à fait déficients… auxquels elles ont parfois donné la meilleure notation (AAA). Et après la crise, elles sont tombées dans l’excès inverse en devenant – à mon avis - excessivement sévères par rapport à certains pays. » Philippe Maystadt regrette que l’on consacre trop d’importance aux agences de notation. Il plaide donc pour un retour en arrière qui permettrait de considérer leurs cotations comme « une opinion » parmi d’autres.

Une agence de notation européenne privée en 2012

Tout en voulant limiter l’impact des agences, l’ancien Ministre des Finances plaide pour davantage de concurrence dans le secteur. C’est ainsi qu’il évoque et soutient un projet d’agence européenne privée. Un projet qui est actuellement étudié par le groupe de consultance Roland Berger avec l’appui d’industriels allemands. L’aspect « privé » de cette démarche est crucial pour Philippe Maystadt : « Ce ne serait pas une bonne idée que les gouvernements européens créent tout à coup leur propre agence. Elle manquerait de crédibilité. » A en croire Roland Berger, fondateur du groupe éponyme, cette agence de notation européenne pourrait voir le jour dans les mois à venir.

Actuellement, la Banque Centrale Européenne joue un rôle important pour soulager les banques commerciales, ce qui a permis de calmer les marchés financiers. Mais elle ne peut directement jouer le rôle de prêteur en dernier ressort des Etats, car le Traité de Maastricht ne lui accorde pas cette compétence… pourtant classique pour une banque centrale. Aux yeux de Philippe Maystadt, c’est une faiblesse évidente qu’il faut contourner à travers la création d’un fonds européen qui jouerait un rôle intermédiaire entre la BCE et les Etats.

Risques inflationnistes très limités

« Ce fonds intermédiaire aurait l’avantage de permettre à la BCE d’avoir les mêmes compétences que les autres banques centrales dans le monde… sans devoir changer le Traité de Maastricht » précise-t-il en évoquant l’intransigeance de l’Allemagne sur ce point. La crise de la dette souveraine serait moins forte, car tout le monde saurait qu’en cas de besoin… la BCE serait derrière. Et les risques inflationnistes ? « Dans les conditions actuelles, manifestement il n’y a pas de risque inflationniste, même si nous devons rester attentifs à cela. Nous pouvons apporter davantage de liquidités dans l’économie sans créer des risques d’une augmentation des prix. »

NON, l’Euro n’est pas en crise !

L’Euro est-elle en phase terminale ? Non, l’ancien président de la BEI pense même le contraire : « Il n’y a clairement pas de crise de l’euro, il serait même trop fort par rapport au dollar, ce qui est une difficulté pour nos exportateurs. » Il ajoute qu’on a trop souvent tendance à oublier les nombreux avantages pratiques et financiers de l’euro. Cela dit, il regrette vivement que la Grèce soit entrée dans la zone euro «un peu par effraction, en trichant et en falsifiant ses comptes. » Regardez les extraits marquants de cet entretien exclusif en vidéo.

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