J e suis l'homme le plus heureux de la planète !" Le chocolatier bruxellois Pierre Marcolini a les yeux d'un enfant qui vient de recevoir un beau cadeau de Noël en annonçant la conclusion d'un "partenariat stratégique" avec le géant helvétique Nestlé la plus grande société agroalimentaire au monde.

Le nom de ce partenaire constitue bien sûr une surprise de taille. Par contre, la signature d'un tel accord n'est pas totalement inattendue dans la mesure où Pierre Marcolini - qui a racheté récemment l'ensemble du capital de sa société en reprenant les parts de la SRIB (Société régionale d'investissement de Bruxelles), de Jean-Marie Delwart et de Florinvest - était depuis quelques mois à la recherche d'un partenaire financier pour lui permettre de poursuivre son expansion.

"Ce partenariat avec Nestlé va permettre à la fois de pérenniser l'entreprise et de continuer à créer de l'emploi", souligne Pierre Marcolini, qui précise qu'en quatre ans, sa société est passée de 82 à 126 emplois et d'une production de 180 à 250 tonnes de chocolat.

Source d'inspiration

Quels sont les termes financiers de ce partenariat stratégique ? Les deux parties ont convenu de ne pas les dévoiler, même si elles précisent tout de mê­me qu'il ne s'agit pas d'une prise de participation et que "Pierre Marcolini continuera de diriger sa société en tant qu'opération indépendante et autonome". Il semble cependant que Nestlé qui siégera au conseil d'administration du chocolatier belge, compte bel et bien injecter les fonds nécessaires à l'expansion de la PME bruxelloise dans la mesure où Pierre Marcolini précise que "la recherche de moyens financiers n'est plus à l'ordre du jour".

Comme le précisent les deux nouveaux partenaires, l'objectif de leur alliance n'est pas d'aboutir à des chocolats Pierre Marcolini estampillés Nestlé ou vice versa. "Nous avons l'habitude de travailler à long terme et de faire confiance à nos marques", précise Petraea Heynike, la responsable de la branche chocolat de Nestlé, pour qui "la marque Marcolini est au chocolat ce que la haute couture est à la mode". Autrement dit, c'est un joyau auquel le groupe suisse ne compte pas toucher. Par contre, son objectif est clairement de profiter du savoir-faire du créateur belge pour inspirer les nouvelles gammes de chocolat Nestlé "Il y a des tas de très bons chocolatiers à travers le monde mais, de temps en temps, on en trouve un qui a ce quelque chose en plus. C'est le cas de Pierre Marcolini, chez qui j'apprécie à la fois le côté visuel, le contraste des textures, le mélange entre l'émotion et l'expression, ainsi que son expertise des différentes sortes de fèves de cacao", dit Petraea Heynike. "Nous aimerions donc qu'il nous donne de l'inspiration et qu'il nous insuffle un peu de son talent créatif."

Mieux que la Bourse

Vu du côté de Pierre Marcolini, le partenariat avec Nestlé va lui permettre de s'appuyer sur le savoir-faire commercial du géant suisse - présent dans 66 pays à travers le monde - pour étendre son réseau de boutiques. "Les experts de Nestlé vont notamment m'aider à trouver les bons emplacements et les bonnes personnes pour mes magasins, ainsi qu'à bien appréhender le systè­me des boutiques franchisées", explique Pierre Marcolini, qui estime que ce partenariat va tout simplement lui permettre d'accéder à la "première division".

Et le chocolatier belge de souligner qu'il préfère de loin ce partenariat stratégique à une entrée en Bourse, une piste qui avait un moment été évoquée "La Bourse aurait entraîner beaucoup de pression alors qu'ici, je vais pouvoir à la fois garder mon âme et mon authenticité tout en me concentrant sur la création", dit-il.

Quels sont désormais les plans de développement de Pierre Marcolini ? Il préfère ne pas répondre à cette question, même s'il précise tout de même que sa boutique d'Anvers sera bientôt remise à neuf, tandis que sa prochaine collection de chocolats sera, dit-il, "arabisante".