Cela fait bientôt trois ans que Jacques Crahay est à la présidence de l’Union wallonne des entreprises (UWE). Le mandat de 3 ans du patron de l’entreprise alimentaire Cosucra s’achevant en septembre, l’UWE préparait le terrain pour sa succession. Un conseil stratégique s’est tenu ce jeudi à midi, pour statuer sur les différentes candidatures retenues par le comité de nomination de la fédération patronale dirigée par Olivier de Wasseige. Le Conseil stratégique a tranché : ce sera Pierre Mottet, ancien patron d’IBA, qui succédera à Jacques Crahay. Décision avalisée dans la foulée par un conseil d’administration extraordinaire en tout début d’après-midi. L’homme devrait être adoubé lors d’une assemblée générale qui se tiendra plus que probablement en septembre, si les conditions sanitaires le permettent.

Pierre Mottet n’est évidemment pas un inconnu dans les milieux patronaux, dont il connaît fort bien les arcanes (FEB, Agoria, UWE, …). Son nom est avant tout attaché à IBA, entreprise emblématique de la "Wallifornie" dont il a été le CEO de 1996 à 2012 et où il occupe toujours le siège de président du conseil d'administration. C'est dès la fin des années 1980, alors que la spin-off du centre de recherche du Cyclotron (UCLouvain) vient d'être mise sur les rails par Yves Jongen, que Pierre Mottet rejoint l'aventure Ion Beam Applications. Le jeune ingénieur commercial sorti de l'IAG, qui a fait ses premiers pas professionnels chez IBM, est alors chargé de trouver des clients pour le fameux cyclotron (un accélérateur de particules spécialement adapté à des usages cliniques). Et il va plutôt bien s'en sortir puisqu'il engrange, rapidement, des premiers contrats aux Etats-Unis, en Australie, au Japon et en Chine.

Un leader mondial ancré en Wallonie

En une décennie, le duo Mottet-Jongen fait d'IBA une "success story". La pépite néo-louvaniste est introduite à la Bourse de Bruxelles en 1998. Un an plus tôt, les deux dirigeants de la "medtech" de Louvain-la-Neuve avaient été désignés "Managers de l'Année" par Trends. Si l'aventure aura connu des hauts et des bas au fil du temps, IBA est parvenue non seulement à se hisser au rang de leader mondial des systèmes de protonthérapie (diagnostic et de traitement du cancer), mais aussi à maintenir l'ancrage belge de l'entreprise, ce à quoi Pierre Mottet a toujours accordé une grande importance. Dirigée aujourd'hui par Olivier Legrain, l'entreprise pèse 312 millions d'euros (chiffre d'affaires de 2020) et emploie 1500 personnes.

Attaché au développement et à la prospérité économiques de la Wallonie, Pierre Mottet reste aussi impliqué dans le soutien à l'entrepreneuriat. Il est notamment le fondateur de SE’nSE (Seed Equity & Sustainable Entrepreneurship), un fonds destiné à favoriser l’émergence de start-up à impact environnemental. Plus récemment, il a été appelé à assurer la direction ad interim de Nivelinvest (devenu Invest BW). "Pierre Mottet est un bosseur infatigable, dévoué à la cause wallonne et ayant un grand sens du dialogue. Il est tout sauf langue de bois" , confie un entrepreneur wallon qui le connaît bien.

Le défi de la relance

Qui qu’il en soit, l’homme aura fort à faire. Et pas seulement parce qu’il succède à un président qui aura marqué de son empreinte l’UWE par des sorties remarquées. Jacques Crahay, on s’en souvient, avait suscité de très vifs débats en interne après avoir plaidé pour "une économie moins tyrannique et plus équilibrée". Grand défenseur d’une vision durable et plus "sociétale" de l’économie, absolument pas adepte d’une croissance à tous crins, Jacques Crahay avait provoqué un débat de fond dans les milieux patronaux.Pierre Mottet défend sans doute une vision un chouia plus conservatrice du patronat, mais n’est certainement pas insensible à ces questions de durabilité. Le futur président de l’UWE, surtout, devra composer avec un environnement économique chamboulé par la crise du Covid et s’approprier les grands enjeux de la relance que les différents gouvernements, fédéral et régional, s’évertuent à entériner. Le plan de relance wallon – on ne parle plus de «Get up Wallonia » - sera plus que probablement le premier gros défi du futur président Pierre Mottet.