START-UP DE LA SEMAINE | Fondée en 2016, Piximate a récemment pivoté. Désormais, la start-up brabançonne met le paquet sur le "retail".

Reconnaître que, malgré plusieurs mois d’efforts, on se trouve dans une impasse. Et, dans la foulée, faire accepter à son équipe qu’il est préférable, pour le bien de la société, de prendre une autre voie. Dans l’univers des start-up, c’est ce qu’on appelle "pivoter". Il y a des pivots brutaux, avec changement de cap radical, comme il y a des pivots plus évolutifs, avec ajustement de stratégie.

Piximate, start-up fondée en 2016 à Louvain-la-Neuve (elle a déménagé, récemment, à La Hulpe), se range dans la deuxième catégorie. Durant près de trois ans, Laure Uytdenhoef (CEO), entourée par Georges Caron (fondateur et ex-CEO de Keemotion) et Valerio Burgarello (CTO), a mis toute son énergie dans le développement et la commercialisation d’une plateforme, intelligente et automatisée, capable de gérer photos et vidéos (récupération et stockage, analyse, recherche contextuelle…) pour le compte de clients business. "Notre plateforme SaaS (Software-as-a-Service, NdlR) fonctionne toujours", explique Georges Caron, cofondateur et CEO par intérim de Piximate (en l’absence momentanée de Laure Uytdenhoef). "Mais on s’est rendu compte qu’on n’avait pas les moyens suffisants pour la faire grandir et vendre notre solution. On a donc pris la décision de pivoter pour créer un deuxième produit."


La bonne nouvelle, pour les trois fondateurs et leur équipe (sept personnes, dont deux data scientists), est qu’il n’a pas fallu remettre à plat tout le travail technique opéré jusqu’ici. Au cœur de ce travail, on trouve de l’intelligence artificielle (IA) et, plus spécifiquement, des algorithmes de computer vision. Mais, au lieu de récupérer des images disponibles en ligne pour les analyser et en extraire des informations, Piximate capte désormais elle-même des images dans des lieux physiques, les analyse et génère, de façon toujours automatisée et intelligente, toute une série de données spécifiques pour le client. "Ce que nous faisons, avec notre nouveau produit Piximate Insights, c’est de créer des outils analytiques afin d’aider les entreprises à prendre de meilleures décisions. Je dis parfois qu’on est le Google Analytics du monde réel", synthétise Georges Caron. À ce choix technologique, Piximate a pris la décision de cibler, en priorité, le secteur du retail.

Avoir plus de clients dans un point de vente

Le mieux est de prendre un exemple qui fait l’objet, actuellement, d’un test. Pour le compte d’Exki, tout d’abord, Piximate a placé une caméra stéréoscopique dans un point de vente dans la chaîne de restauration rapide. L’analyse des images - qui, précisons-le, ne sont pas enregistrées et restent anonymes (on ne connaît pas l’identité des gens filmés) - va permettre, grâce aux algorithmes développés en interne par la start-up, de générer des informations sur les clients qui fréquentent le point de vente (affluence selon les heures, âges, genres, temps d’attente aux caisses, comportements, choix de produits, fréquence des visites,…). Restituées sur base de tableaux de bord, ces données peuvent alors être utilisées par le client pour modifier sa stratégie (comme renforcer le personnel à certaines heures de la journée et de la semaine), améliorer l’expérience client et, in fine, augmenter la fréquentation du point de vente et améliorer le retour sur investissement. Un test du même type, mais intégrant la détection des émotions en plus de la simple reconnaissance faciale, est en cours chez un concessionnaire du groupe Peugeot.

Aujourd’hui, Piximate semble avoir tout entre les mains pour déployer sa solution Insights, en Belgique et dans d’autres pays européens, et accélérer la croissance de ses revenus. Compris entre 100 et 150 000 euros cette année, Georges Caron prévoit de faire "entre fois 2 et fois 4" dès 2020. Une nouvelle levée de fonds, qui devrait avoisiner le million d’euros, est prévue l’année prochaine.

  • Cet article est extrait de la Libre Eco week-end à paraître ce samedi 16 novembre 2019 dont le dossier principal porte sur les influenceurs.