P ol Hauspie comparaît déprimé, coupable, embarrassé et blessé. Il regrette sincèrement." C'est ainsi que Maître Frank Van Leemput, le conseiller de Pol Hauspie, a entamé jeudi après-midi la défense de l'entrepreneur flamand devant la Cour d'appel de Gand, où se tient depuis quelques mois le procès portant sur une fraude à grande échelle dans le cadre de la faillite de l'entreprise Lernout & Hauspie (L & H), spécialisée dans les technologies vocales.

Aucune défense n'a été plaidée pour les principaux chefs d'inculpation : faux en écriture, faux contrats de licence, escroquerie, manipulation des cours et d'autres infractions techniques. L'avocat a présenté des excuses au nom de son client. Des excuses adressées avant tout aux parties civiles mais également au coïnculpé Carl Dammekens, l'ancien directeur financier. Des excuses ont également été adressées au conseil d'administration et au comité d'audit, également inculpés. Pol Hauspie a commis de lourdes erreurs, selon son conseiller.

"C'est vrai, c'est horrible"

L & H, dont Pol Hauspie était le cofondateur, ne s'est pas donné le temps de grandir progressivement, mais a voulu prendre rapidement sa place dans un marché en constante évolution. C'est le cadre dans lequel il faut resituer la fraude, a plaidé Me Van Leemput. "Le concept LDC (Language Development Companies) aurait été parfait si seulement on s'en était tenu aux règles, et si on s'était accordé un peu de temps", a-t-il dit. "C'est grave, mais c'est exact à 75 pc", a réagi Pol Hauspie sur conseil de son avocat après le réquisitoire de 650 pages préparé par le ministère public. "C'est vrai, c'est horrible !" a-t-il dit.

Au contraire de son compère Jo Lernout, qui a demandé mercredi l'acquittement, l'homme d'affaires de Poperinge reconnaît sa culpabilité dans une grande partie des faits. Son conseiller est revenu à plusieurs reprises sur le plaidoyer de Jo Lernout. "Il existe des différences dans l'approche des défenses. Il s'agit cependant des mêmes faits et actes. Je pense que cet écart peut s'expliquer par une différence dans la prise de conscience et le processus de deuil", a-t-il souligné.

Le fait que Jo Lernout ait été lourdement critiqué par l'avocat Christian Van Buggenhout, qui l'a qualifié de criminel ordinaire, et que Jo Lernout éprouve encore de la rage envers John Duerden et Philippe Bodson, est une explication supplémentaire pour l'avocat.

Le top manager de L & H s'est trompé dans ses estimations, selon Me Van Leemput. "Les développements se sont déroulés plus tard que prévus (en 1999 et 2000, NdlR), le top management s'est fatigué, les Américains se sont réveillés, la tirelire en Corée était mal gérée et le projet Sofia, tant attendu, a été reporté. Tant de choses liées au parjure de l'ancien ministre Daems qui peut s'estimer heureux de la discrétion de L & H." (Belga)