CORRESPONDANT EN ALLEMAGNE

Kai-Uwe Ricke, le jeune patron de Deutsche Telekom (DT), court le risque de rejoindre Josef Ackermann de la Deutsche Bank au palmarès des «méchants capitalistes». Raison: une semaine après avoir annoncé des compressions d'effectifs touchant 32000 personnes, il a présenté d'excellents résultats pour les neuf premiers mois de l'année.

Au cours des derniers jours, le syndicat Verdi a fait descendre dans la rue des milliers d'employés du groupe privatisé. Au siège de Bonn, le président a exprimé sa compréhension «à 150 pc» pour les manifestants, mais il ne cédera pas pour autant. Selon lui, la contradiction entre la hausse bénéficiaire et les départs est seulement «apparente».

D'abord, a-t-il dit, les excédents d'aujourd'hui sont le fruit des efforts d'hier. Ensuite, Telekom doit préparer l'avenir en améliorant sa compétitivité face aux concurrents qui lui ravissent des parts de marché en Allemagne.

Pas de licenciements massifs

Les observateurs avancent que le groupe aurait pu éviter le fâcheux rapprochement entre compressions et bons chiffres d'exploitation en différant par exemple d'un mois l'annonce des 32000 départs en 2006-2008. En soi, ces coupes n'ont rien d'exceptionnel: depuis la privatisation, Deutsche Telekom a réduit les effectifs de 10000 unités par an.

Le rythme de départ ne changera donc pas. De plus, comme un accord avec le personnel exclut des licenciements massifs jusqu'en 2008, les suppressions seront volontaires, les uns prenant la préretraite à 55 ans, les autres encaissant des primes.

En tout, Deutsche Telekom déboursera la coquette somme de 3,3 milliards d'euros pour financer son délestage de personnel. Les journaux parlent d'un «programme de luxe». Mais ce n'est qu'à partir de 2009, que le groupe allemand fera sur les coûts de personnel une économie annuelle de 1,7 milliard d'euros.

Bénéfice net de 4,4 milliards

Les résultats des neuf premiers mois sont aussi moins brillants qu'il ne paraît. Certes, le bénéfice avant impôt s'est multiplié par six, passant de 1,1 milliard d'euros en janvier-septembre 2004 à 6,6 milliards pour la même période pour 2005, mais corrigé d'éléments exceptionnels, il a seulement augmenté de 16 pc. Un bénéfice net de 4,4 milliards a succédé à une perte nette de 150 millions, mais en version corrigée, l'excédent net a progressé modérément de 11 pc à 3,4 milliards.

Sur l'année entière, le résultat opérationnel Ebitda montera de 19,4 milliards d'euros en 2004 à près de 21 milliards, a confirmé le président. Mais, comme pour prouver qu'il ne poursuit pas la «maximisation des profits à court terme », il a annoncé pour 2006 un recul de l'Ebitda à environ 20,5 milliards: c'est que Telekom veut investir 1,2 milliard en mesures de marketing pour enrayer l'érosion de la clientèle dans la téléphonie et dans la transmission ultra-rapide de données sur Internet. Ces efforts devraient permettre de faire remonter l'Ebitda à 22 milliards en 2007. La Bourse de Francfort, fixée sur le court terme, a mal accusé le coup, la valeur Telekom a baissé. Kai-Uwe Ricke a réussi à se mettre à dos à la fois les syndicats et les milieux financiers.

© La Libre Belgique 2005