L'office anti-monopole polonais UOKiK a annoncé mercredi avoir infligé une amende record de 29 milliards de zlotys (6,45 milliards d'euros) à Gazprom, pour la construction du gazoduc Nord Stream 2 reliant la Russie et l'Allemagne. Par ailleurs, cinq sociétés occidentales, engagées dans la construction du gazoduc, le français Engie Energy, l'allemand Uniper, l'autrichien OMV, l'anglo-néerlandais Shell et l'allemand Wintershall, ont également été condamnées à une amende globale de 234 millions de zlotys (52 millions d'euros). L'UOKIK leur reproche d'avoir créé une coentreprise sans son accord.

L'organisme polonais a condamné ces entreprises pour avoir agi "sciemment" et leur a infligé à chacune une amende pouvant aller jusqu'à 10% de chiffre d'affaires annuel.

"Je n'ai pas identifié de circonstances atténuantes. Les activités des six entreprises ont eu un impact négatif sur la concurrence sur le marché naturel des du gaz en Pologne - un marché qui revêt une grande importance pour la l'ensemble de l'économie et pour la situation des ménages individuels", a fustigé l'UOKiK.

En 2016, l'office anti-monopole a estimé que Nord Stream 2 pouvait nuire à la concurrence et a refusé d'approuver le consortium, avant de lancer deux ans plus tard une procédure contre les six sociétés.

"Conformément à la décision du président de l'Office de la concurrence et de la protection des consommateurs, les entités sont tenues de résilier les accords conclus pour financer le gazoduc Nord Stream 2", selon le communiqué de l'UOKiK. Elles disposent de 30 jours pour ce faire.

Un recours contre cette décision est toujours possible.

Gazprom s'est dit, dans un communiqué, "fondamentalement en désaccord avec la position de l'UOKiK" et l'amende infligée, affirmant que "le projet n'a pas été mis en oeuvre par une coentreprise, mais par une filiale de Gazprom avec un financement par emprunt".

"Le montant sans précédent de l'amende indique une volonté de s'opposer à la mise en oeuvre du projet Nord Stream 2 par tous les moyens", dénonce Gazprom, annonçant son intention de faire appel de la décision.

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a pour sa part indiqué ne pas douter que Gazprom ferait "tout ce qui peut et doit être fait" pour répondre à ces mesures.

L'UOKiK avait précédemment infligé des amendes d'un montant total de 385 millions de zlotys aux participants au projet Nord Stream 2 pour défaut de coopération dans le cadre de l'enquête qu'il avait lancée.

La Pologne, l'Ukraine, ainsi que les Pays baltes s'opposent au Nord Stream 2, qui doit passer sour la mer Baltique, estimant qu'il s'agit d'un projet "politique".

Selon Varsovie, il s'agit d'une entreprise politique économiquement non viable destinée à accroître l'influence russe en Europe. Moscou peut ainsi contourner les pays de transit tels que l'Ukraine, le Bélarus et la Pologne.

"Nord Stream 2 est un élément de politique, de géopolitique, mené avec persévérance par la Fédération de Russie", avait d'ailleurs déclaré la semaine dernière à Bruxelles le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki. "Ce n'est rien d'autre qu'un élément de la géopolitique russe visant les intérêts non seulement de la Pologne, mais de toute l'Europe centrale et orientale et d'une grande partie de l'Union européenne, et l'un de ses fondements - la solidarité énergétique", a-t-il encore dit.

A la suite de la tentative d'empoisonnement d'Alexeï Navalny, détracteur numéro un du Kremlin, l'Union européenne a de son côté évoqué de possibles sanctions contre la Russie, alors que l'Allemagne n'exclut pas le gel des travaux de Nord Stream 2.

M. Morawiecki a fait explicitement le lien entre les deux affaires. "J'espère qu'aujourd'hui beaucoup de pays confirmeront que l'empoisonnement de M. Navalny et Nord Stream 2 ne sont pas deux sujets séparés", a-t-il insisté à Bruxelles.

Le gazoduc est également critiqué par les Etats-Unis qui menacent de sanctions les entreprises participant à sa construction.

Après l'annonce de l'amende, les actions de Gazprom ont baissé de près de 1,4% à la Bourse de Moscou.