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Portrait d'Alfred Bouckaert: l'assurance du banquier

Ariane van Caloen

Publié le - Mis à jour le

Jeudi 6 septembre. 11 heures, au Passage 44 à Bruxelles. Freddy Bouckaert est là, entouré du CEO et du directeur financier de Belfius, pour présenter les résultats semestriels. Des résultats qui montrent que l’ex-Dexia Banque, rachetée en octobre 2011 par l’Etat belge, remonte la pente. Elle affiche même un bénéfice.

Nommé président du conseil d’administration en novembre 2011, Freddy Bouckaert incarne cette force tranquille si indispensable dans des périodes de crise. Avec ce regard qui fixe son interlocuteur, il voit très bien où il veut en venir. D’ailleurs, n’avait-il pas dit à sa femme qu’il savait qu’il avait le profil pour ce job? Des propos comme cela, il faut oser les tenir au risque de trahir un “ego” bien présent. Qui a pu se forger au travers d’une carrière prestigieuse où, après s’être fait connaître comme patron ambitieux du Crédit Lyonnais Belgium, il est parti faire carrière en France et en Europe d’abord pour le Crédit Lyonnais et ensuite pour Axa (maison mère de la Royale Belge).

Si, à 65 ans, il a accepté la proposition du gouvernement belge, c’est, dit-il, pour trois raisons. “J’ai toujours aimé l’activité bancaire. J’étais attiré par le challenge. J’avais fait d’autres restructurations dans ma vie. Dans ce cas-ci, la restructuration se couplait à un projet porteur. N’oublions pas que Belfius représente 15 % de l’épargne des Belges. Et puis, j’avais la conviction que c’était faisable”, explique-t-il.

Même s’il ne le dit pas, il y avait sans doute aussi la fierté d’être l’homme de la situation. Car il est bien un des rares banquiers belges dont la réputation n’a pas été abîmée par la déroute du secteur financier depuis 2008. Aurait-il eu tout simplement la chance de travailler ces dernières années dans des grands groupes d’assurance français moins exposés aux excès de la finance pure ? A ses yeux, l’explication est un peu courte, même s’il ne veut pas se faire passer pour celui qui avait tout compris. “Je ne prétends pas que je n’ai jamais fait des erreurs”, rétorque-t-il. Tout en ajoutant aussi vite qu’il avait peut-être “l’avantage” d’avoir vu les erreurs de certaines banques quand il avait été amené à diriger des sociétés en difficulté comme Chase Manahattan qui s’était ruiné en Amérique latine. “Cela apprend à être plus prudent.” Une prudence qui ne va toutefois pas jusqu’à une remise en question profonde du monde bancaire. Car s’il reconnaît qu’il y a eu des “excès”, notamment dans la prise de risques ou les rémunérations, il refuse de rejeter la faute sur les seuls banquiers. Parmi les responsables du “capitalisme débridé”, il cite aussi les fonds de pension avides de rendement, des autorités de contrôle “pas très présentes” ou certains responsables politiques complices des excès.

Freddy Bouckaert devait bien se rendre compte que la tâche ne serait pas facile chez Belfius. A peine nommé, il a pu observer les jeux politiques pour la composition du conseil d’administration. Mais lui n’en a que faire. “Le conseil de Belfius a la capacité d’analyse financière probablement la plus compétente que l’on puisse trouver dans les institutions financières en Belgique”, affirme-t-il.

Sa première priorité, quand il a été nommé, fut de “faire un état des lieux” et de prendre connaissance des collaborateurs dont “beaucoup étaient valables”, mais aussi “désillusionnés par la gestion napoléonienne” en vigueur avant le démantèlement du groupe. “Il a fallu rétablir la confiance”, explique le président. Qui eut droit à quelques mauvaises surprises comme la découverte de crédits internationaux pour 100 milliards d’euros sur un total de 250 milliards. Ou de la dette grecque pour 2 milliards. “Des montants totalement déraisonnables pour une institution comme Dexia Banque.”

Sa deuxième priorité fut donc de “de diminuer le risque du bilan”. “Car au plus vite on mettait le passé derrière nous, au plus vite, on pouvait regarder l’avenir.” Et pour lui, l’avenir passe aussi par “le développement des synergies commerciales entre la banque et l’assurance”. Délibérément, il ne veut pas employer le terme “bancassassurance” qu’il n’aime pas. Et il sait de quoi il parle. Lui qui se présente, certes avec peut-être “arrogance”, “comme un des seuls qui connaissent les deux parties du métier”.

Sur le chemin accompli, il se montre assez confiant, tout en se gardant d’être trop sûr de lui. “La situation s’est fort améliorée. Si l’Italie fait faillite, cela pourrait être gênant. Mais je crois très sincèrement que Belfius est en aussi bon état que les autres banques belges. On est en bonne voie, mais ce n’est pas pour cela que c’est terminé”, explique-t-il. Une banquier assuré et prudent à la fois...

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