En entrant dans la chambre de cet étudiant en réalisation graphique dans une école de la région bruxelloise, on remarque que l’écran de l’ordinateur clignote. Il indique que le film "social network", le dernier blockbuster retraçant la vie du créateur de facebook, Marck Zuckerberg, et qui cartonne en ce moment dans les box-offices aux Etats-Unis, est téléchargé. Didier, 26 ans, peut être considéré comme un internaute qui télécharge massivement des fichiers informatiques de manière illégale. En effet, à raison de trois films par jour, soit nonante par mois et plus de mille au bout d'un an, les agissements de Didier pourraient être passibles de poursuites judiciaires. Outre les films, le Net lui permet de s’approprier aussi des jeux vidéos et des "fonts", des polices d’écritures spéciales qui coûtent un peu moins de 100 euros pièce. Cependant, à ses yeux, le marché illégal qui lui semble le plus lucratif, c’est celui des logiciels : "Dans le cadre de mes études en réalisation graphique, je dois disposer de plusieurs logiciels de hautes performances qui coûtent très cher. Certains d’entre eux affichent même des prix qui dépassent les 2000 euros !".

Lorsqu’il s’agit d’évoquer les avantages que lui offre le téléchargement illégal, notre "cybercriminel" ne cesse d’en dénombrer : "la première raison pour laquelle je télécharge de manière illégale est sans aucun doute l’absence de coûts ! Ce système "peer-to-peer" me permet d’avoir des œuvres avec une rapidité incroyable, sans devoir me déplacer et parfois j’obtiens ces productions même avant qu’elles ne sortent dans nos contrées !". Concédant qu’il existe parfois des exceptions, il rajoute qu’"en outre, la qualité des fichiers, qui ne cesse d’être améliorée, est comparable à celle d’œuvres originales".

Mais ces facteurs – d’argent, d’exclusivité, de temps et de qualité- ne sont pas les seuls. "De plus, le fait de télécharger me permet de créer une bibliothèque, ce qui me permet de garder ces fichiers à jamais", nous confie l’étudiant d’un air affirmé.

Selon Didier, "d’un point de vue technique, tout est fait pour qu’on télécharge : les disques durs (internes comme externes) sont de plus en plus performants, le "home cinema" nous invite à rester à domicile, les connexions Internet enregistre des débits de plus en plus rapides. Les entreprises de télécommunications, à l’image de l’entreprise "Belgacom ", proposent désormais des formules permettant un téléchargement illimité ! Il me semble que le contexte économique et technologique de notre époque ne fait que favoriser ce type de pratiques !".

Soulignant l’impunité avec laquelle les utilisateurs peuvent télécharger, il précise qu’il éprouve tout de même un sentiment de culpabilité à l’égard des artistes. Conscient de l’enjeu que représente cette problématique, il déplore que "le seul véritable problème que suscite le téléchargement de contenus illicites concerne leurs rémunérations. Il faudrait trouver un système de compensation des pertes subies par les secteurs touchés par ce phénomène".

Les sites pirates, qui proposent des contenus illicites, sont fermés une fois repérés. Toutefois, "cette suppression ne sert à rien", s’exclame-t-il. En effet, dès qu’une plateforme illicite se fait prendre et supprimer, son administrateur installera ses contenus sur un autre serveur, sur une nouvelle plateforme d’hébergement. Quand on lui demande pourquoi il délaisse le téléchargement légal au profit de l’illégal, il répond aussitôt sans aucun besoin de réflexion : "parce que c’est gratuit !".

A la question de savoir s’il pourrait désormais se passer de ce type de téléchargement, la réponse est immédiate : un "NON" catégorique.