Dominique Michel, administrateur-délégué de la Fedis (la Fédération belge de la distribution), ne peut pas s’exprimer précisément sur une enseigne du secteur. C’est assez logique. Par contre, il peut distinguer les points fondamentaux du marché dans lequel ces acteurs combattent. "La cause essentielle des difficultés de certains acteurs est l’environnement, qui est hyperconcurrentiel, bien plus dur que dans la plupart des autres secteurs. Ici, on doit rivaliser d’efficacité à tous les niveaux. Celui qui n’est pas aussi efficace que son concurrent est perdu."

Comment expliquer une telle pression sur la survie des enseignes ? "On est dans un secteur où les marges sont extrêmement réduites, à deux ou trois pour-cent, et où la moindre inefficacité se paie cash, notamment au niveau des coûts, globalement, et bien entendu aussi des coûts de personnel."

Mais les grands groupes de distribution font des bénéfices ? "Oui, mais dans des proportions très différentes, et c’est là qu’est le problème. Dans un groupe, il faut être rentable partout C’est que les investissements à consentir pour maintenir un magasin en état sont véritablement pharaoniques. Et celui qui n’investit pas est mort. Et c’est vrai pour les différents types de chaînes. Que l’on se batte sur le niveau des prix ou sur l’environnement pour les clients ne change rien."

Est-ce que cette pression concurrentielle, notamment au travers de la politique salariale, ne conduit pas le secteur à déprécier les statuts et le niveau de vie des travailleurs ? "Non, le secteur qui compte 300 000 emplois dans le commerce organisé et 100 000 indépendants, soit au total près de 400 000 emplois, est historiquement créateur net d’emplois - 4 000 par an jusqu’en 2008, et créateur net en 2009, malgré la crise. Ce qui fait qu’un travailleur qui perd son poste peut raisonnablement espérer retrouver un emploi. Le secteur engage plus qu’il ne licencie, ce qui n’est pas le cas dans d’autres secteurs. Avec une bonne stabilité de l’emploi en général. Les conditions de travail sont correctes, avec un horaire moyen de 37 heures/semaine."