Les finances du groupe Blokker ne sont pas brillantes ; ce n’est un secret pour personne. La Libre s’en faisait l’écho le 23 octobre et rapportait les inquiétudes du personnel belge francophone des magasins quant à l’avenir de l’enseigne à court terme.

Lundi, dans une interview accordée au journal néerlandais Het Financieele Dagblad, le CEO du holding Blokker, Michiel Witteveen, annonçait que la famille Blokker, seule actionnaire du groupe, veut revendre sa participation majoritaire dans les magasins du même nom, les seuls qu’elle possède encore, hormis 60 de ses 170 Xenos qu’elle n’a pas encore réussi à vendre et au contraire de ses autres actifs (Casa, Leen Bakker, Big Bazar, Toys XL, Intertoys, Bart Smit) déjà cédés. Alors, que sait-on de ce probable désengagement, de ses raisons et de ses éventuelles conséquences ?

1. Vendre à qui et à quel prix  ?

Selon Het Financieele Dagblad, des discussions (à un stade exploratoire) ont eu lieu avec deux fonds d’investissement néerlandais, Parcom et Waterland, qui n’ont pas voulu faire de commentaire à ce sujet. Le journal évoque aussi des contacts “explicites” avec des acheteurs potentiels étrangers. Au sein de Blokker Belgique, une rumeur court : celle de l’intérêt manifesté par la chaîne néerlandaise de supermarchés Jumbo.

Tant le secrétaire général de Blokker Holding Peter Krenn, que nous avons contacté, que Rob Schuyt, le CEO de Blokker Belgique dans un communiqué envoyé lundi aux membres du personnel belge font état d’“une option parmi d’autres”. D’ailleurs, à cet égard, il n’y a pas encore eu des démarches concrètes ni des décisions prises”, écrit le CEO Rob Schuyt.

2. Pourquoi la famille Blokker veut céder ses parts ?

L’enseigne subit la concurrence de l’e-commerce et d’autres magasins du genre, principalement d’Action. Blokker a entrepris un processus de modernisation de ses magasins, avec succès, dit-elle, mais le groupe reste déficitaire. Dans sa communication au personnel, Rob Schuyt indique qu’“une vente éventuelle peut être positive. Après avoir été une entreprise familiale pendant 122 ans, elle peut aider à amener (en accéléré) l’entreprise vers une nouvelle phase”.

3. Quelles pourraient être les conséquences ?

Après les déclarations de Michiel Witteveen, les bruits d’une nouvelle restructuration de l’enseigne, afin de renouer avec la rentabilité, ont refait surface. Il reste 124 magasins en Belgique, 3 au Luxembourg et 430 aux Pays-Bas. Certains ont évoqué des centaines de magasins à fermer et la suppression de près de 2000 emplois, parallèlement à la vente des parts. Blokker dément. “Ces informations ne sont pas correctes. Nous n’avons pas l’intention de fermer des magasins aux Pays-Bas ou en Belgique, autres que les fermetures et réouvertures prévues dans nos opérations en cours (de modernisation des magasins, NdlR), affirme Peter Krenn.

Du côté syndical, on déplore avoir appris la nouvelle par la presse. “Je partage vraiment l’inquiétude des travailleurs. La direction a donné des informations qui se veulent rassurantes mais on peut craindre une autre restructuration”, déclare Vicky Hendrick, permanente CGSLB. “On a envie de croire en une relance de Blokker mais les signaux sont inquiétants. Une réunion est prévue mardi avec la direction et nous attendons des engagements de sa part.”

Reste une grande inconnue : le financement de Blokker Belgique par la maison-mère néerlandaise. Au-delà du 26 janvier 2019, il n’est plus garanti. Il serait toutefois peu probable d’envisager que le holding ferme le robinet avant que l’éventuelle vente des parts soit finalisée, ce qui devrait prendre un certain temps.