Le président russe Vladimir Poutine a appelé mardi à "tout faire" pour résoudre le contentieux russo-bélarusse qui bloque des livraisons de pétrole brut vers l'Europe alors que la chancelière allemande Angela Merkel déplorait que la Russie ait ruiné la "confiance" placée en elle.

Parallèlement, Moscou a finalement reconnu être à l'origine d'interruptions de livraisons de brut vers l'Europe via le réseau bélarusse d'olédoducs depuis le 8 janvier, alors que Minsk et Moscou se rejetaient depuis lundi la responsabilité de ces coupures.

"Il faut continuer les négociations avec nos partenaires bélarusses pour résoudre la crise liée aux livraisons de pétrole (russe) au Bélarus et au transit de pétrole (russe) à travers le territoire bélarusse", a déclaré M. Poutine lors d'une réunion avec le gouvernement.

"Il est indispensable de tout faire pour garantir les intérêts des consommateurs occidentaux", a-t-il ajouté, sans exclure toutefois que la Russie soit amenée à réduire sa production si la crise continuait.

Les négociations ont repris mardi à Moscou. Elles sont conduites par le ministre russe du Développement économique Guerman Gref et le vice-premier ministre bélarusse Andreï Kobiakov, selon l'agence Interfax.

Au lendemain de l'interruption des livraisons de brut russe à l'Europe via l'oléoduc Droujba (Amitié en russe), le ton a monté en Europe, la Russie faisant une nouvelle fois figure de partenaire énergétique peu fiable après le précédent de janvier 2006 lors du conflit russo-ukrainien sur le gaz.

Il n'est "pas acceptable qu'il n'y ait pas de consultations dans un tel cas (...) Cela ne fait que détruire la confiance", a déclaré à l'adresse de Moscou la chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays préside l'UE depuis le 1er janvier.

Le Bélarus, furieux que la Russie lui ait imposé une taxe sur ses importations de pétrole russe à compter du 1er janvier et qu'elle ait doublé le prix du gaz qu'elle lui livre, a riposté en instaurant une taxe de 45 dollars sur chaque tonne de pétrole russe transitant par son territoire.

De son côté, Moscou refuse de s'acquitter de cette taxe et menace le Bélarus de mesures de représailles commerciales si son petit voisin de l'ex-URSS s'entête à vouloir imposer ce prélèvement.

Lundi, les livraisons de brut russe destinées à la Pologne, à l'Allemagne et à la Slovaquie qui étaient effectuées via le territoire bélarusse ont été brutalement interrompues.

La Russie et le Bélarus se rejetaient depuis la responsabilité de ces coupures. Moscou avait ainsi accusé Minsk de "prélever illégalement du pétrole" dans l'oléoduc.

"Nous n'avons pas arrêté les livraisons, c'est le Bélarus qui a refusé d'accepter le pétrole", avait en outre affirmé Sergueï Grigoriev, vice-président de Transneft.

"C'est la partie russe qui a interrompu la fourniture de pétrole", avait de son côté rétorqué, sous le couvert de l'anonymat, un représentant de la compagnie bélarusse Gomel Transneft Droujba, chargée de la gestion de l'oléoduc.

"Nous sommes prêts à tout moment à reprendre les livraisons de pétrole vers l'Occident", si les Russes reprennent les approvisionnements, a ajouté cette source bélarusse.

Environ 12,5% des importations de l'Union européenne transitent par l'oléoduc Droujba. Pour l'instant, les interruptions ne représentent pas une menace pour les approvisionnements en Europe en raison des réserves disponibles, estime Artiom Kontchine, analyste chez la banque d'investissement Aton.

Mais si l'on ne trouve pas de solution, "il sera presque impossible de trouver une voie alternative" pour les quelque 83 millions de tonnes de pétrole qui transitent annuellement par Droujba, souligne l'analyste.