Plusieurs fois annoncé, le premier compte courant islamique en Belgique devrait finalement arriver en 2013. Soit avec quelques mois de retard sur le timing prévu. “Mais je ne m’avance plus sur des dates”, explique Amine Alami, le directeur marketing de la Chaabi Bank, la banque marocaine qui compte lancer ce type de comptes dans notre pays. “Je veux éviter les effets d’annonce à notre clientèle. On est en phase de test, au niveau informatique notamment, et il faut encore faire valider notre système par un audit externe. Disons que fin 2013, au plus tard, tout devrait être en ordre, poursuit le directeur qui explique avoir déjà présenté le produit aux autorités belges. Ces dernières nous ont demandé davantage d’informations.” La banque, qui compte près de 50 000 clients en Belgique, va lancer un compte “très similaire” au compte Harmonis, déjà en activité en France. Ce produit, conforme au précepte islamique, a déjà séduit plus de 2 000 clients outre-Quiévrain. La Belgique est le deuxième pays européen où ce compte va être lancé par la banque, très intéressée par le potentiel du marché belge.

Que contient ce produit ? La banque marocaine explique au client qu’elle s’engage à utiliser ses fonds uniquement dans des produits et financements compatibles avec les principes de la finance islamique, tout en séparant ses dépôts des fonds conventionnels”. Elle prévoit également de “se faire contrôler et auditer par un comité de savants musulmans indépendants pour garantir que le compte courant du client est ‘charia-compatible’.

Autre particularité : aucun intérêt n’est versé sur les dépôts. Il faut savoir que dans la finance islamique, les intérêts et l’usure sont prohibés, tout comme la spéculation, les investissements dans les industries de l’armement, du tabac, des jeux d’argent ou dans des entreprises trop endettées et des produits jugés toxiques. Enfin, toute opération financière doit reposer sur le partage des profits et des pertes. La Chaabi Bank voit le lancement de ce compte courant comme un premier pas, avant celui de financements et de “prêts” hypothécaires “charia-compatibles” (déjà lancés en France). Mais il existe certains problèmes fiscaux (comme le double enregistrement en cas de “prêt” hypothécaire) qui rendent ces produits encore peu rentables pour un organisme financier.

Un “crédit” hypothécaire inédit

Mohamed Boulif n’a, lui, pas attendu ce ruling fiscal. Le consultant en finances islamiques vient de lancer un type de “crédit” hypothécaire inédit en Belgique. Nous venons de monter une opération immobilière avec un fonds privé ‘charia-compatible’, dans le cadre de la législation belge, explique M. Boulif. Ici pas de prêt : l’acheteur et le fonds se trouvent en situation de copropriété. Le fonds loue le bien à l’habitant et celui-ci rachète peu à peu ses parts. M. Boulif va proposer son produit à différentes banques belges. On le voit dans les chiffres : beaucoup de musulmans belges préfèrent de pas être propriétaires plutôt que de s’engager dans des crédits hypothécaires classiques jugés non conformes avec leurs préceptes religieux. Ce produit a donc beaucoup de potentiel.

© La Libre Belgique 2012