Deux exemplaires de l'Airbus A380 devraient atterrir pour la première fois lundi aux Etats-Unis, pays dont les compagnies aériennes ont pour l'instant boudé le très gros porteur de l'avionneur européen.

Deux exemplaires de cet appareil, qui a détrôné le Boeing 747 en tant que plus gros avion de transport de passagers au monde, doivent atterrir quasi simultanément à 18h30 HB sur les pistes des aéroports internationaux de New York (JFK) et de Los Angeles (LAX).

Les deux géants des airs partiront respectivement de Francfort (ouest de l'Allemagne) et de Toulouse (sud-ouest de la France). Ils transporteront chacun 500 invités d'Airbus pour ces vols d'essai en conditions commerciales.

Los Angeles, cinquième aéroport au monde en termes de passagers, sera la première destination aux Etats-Unis pour l'A380 quand il sera en service pour la compagnie australienne Qantas. Les autorités de la ville s'attendent à une affluence de plusieurs milliers de curieux autour de l'aéroport pour observer l'appareil.

Mais les transporteurs aériens aux Etats-Unis ne partagent pas cet enthousiasme: aucune compagnie américaine n'a commandé le moindre exemplaire de l'avion, dont le développement tortueux a été marqué par des retards et des annulations. "Il s'agit d'un événement très important, puisque l'A380 est le premier de son espèce et que ce sera la première fois qu'on le verra ici", explique à l'AFP Stephen Costley, rédacteur en chef du journal spécialisé dans l'aviation 'SpeedNews', dont le siège est à Los Angeles. "Mais ce sont surtout les amateurs d'avions qui veulent le voir voler", tempère-t-il.

De son côté, Richard Aboulafia, de l'entreprise de consultants aéronautiques Teal Group, relève que les premiers voyages de l'A380 aux Etats-Unis revêtent un caractère davantage pratique que commercial.

L'appareil "n'est pas très pertinent pour le marché nord-américain, sauf lorsqu'il s'agit de sa compatibilité avec les aéroports, cruciale notamment à LAX", dit-il.

A Los Angeles, l'A380 se prêtera à des tests de manoeuvres, de stationnement au terminal et de manutention, dont l'avitaillement.

Mais ni Delta ni American Airlines, les deux plus grandes compagnies américaines, n'ont jusqu'ici exprimé d'intérêt pour le colosse, note M. Aboulafia. Du reste, ces entreprises ne comptent même pas de Boeing 747 dans leur flotte et leurs plus gros avions n'ont que 300 sièges, rappelle-t-il.

L'industrie du transport aérien aux Etats-Unis se remet à peine de la crise provoquée par les attentats du 11 septembre 2001 et les compagnies aériennes semblent peu enclines à grever leurs budgets de plusieurs milliards de dollars pour acquérir l'A380.

De plus, la taille de l'avion, dont l'envergure atteint presque la longueur d'un terrain de football, est peu adaptée aux lignes desservies par les compagnies américaines, selon ces experts.

"La clé de l'avenir réside dans des avions plus petits dotés d'autonomies plus importantes", assure M. Aboulafia. "(L'ancien président d'American Airlines) Bob Crandall l'a le mieux résumé en affirmant que +personne n'a jamais fait faillite en faisant voler un avion qui avait trop peu de places+", note-t-il.

Il est possible que des compagnies américaines adoptent une attitude attentiste, mais d'autres ont dit qu'elles n'achèteraient jamais cet avion, relève pour sa part M. Costley. "J'étais à une réunion d'US Airways cette semaine et ce que j'en ai retiré, c'est que même s'il ne faut jamais dire jamais, on ne verra jamais un A380 frappé de leurs couleurs", raconte-t-il.

Cet expert pense malgré tout que l'attitude envers l'A380 pourrait changer une fois que l'avion aura commencé à faire partie du paysage des aéroports américains, via des transporteurs étrangers. "A long terme, je m'attends à ce qu'il connaisse le succès", dit-il.