"Nous sommes au moins 1900 ce matin au pied des tours, autant que le nombre d'employés qui pourraient perdre leur travail." Le jour n'est pas encore levé, un vent glacial balaie l'esplanade des tours Proximus, près de la gare du Nord à Bruxelles et une foule compacte d'employés de l'entreprise publique de télécoms commence à se former. Arborant pour beaucoup leurs couleurs syndicales, environ 2000 personnes, plus d'un employé de Proximus sur six et même certains retraités de l'entreprise, sont venus manifester mardi matin contre le plan de restructuration de Proximus. Dans le calme. A peine quelques coups de sifflets retentissent de temps à autre.

© FLEMAL JEAN-LUC


L'employé qui fait le compte approximatif des manifestants grévistes pour nous observe, comme l'immense majorité de ses collègues, un arrêt de travail pour la première fois de sa carrière. "En 30 ans de carrière chez Proximus, je n'ai jamais connu ça", souligne Jean-Claude Philippon, le président du syndicat SLFP.

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"Auparavant, la concertation sociale fonctionnait bien au sein de l'entreprise mais ici, on nous impose un plan social. Ce sont les travailleurs qui nous ont demandé de faire quelque chose. Il fallait envoyer un signal fort, marquer le coup", signale le permanent.

Alors, ce sera une grève générale de 24h pour protester contre un plan social très dur dont les contours sont encore flous. Et c'est cela qui inquiète beaucoup de travailleurs présents. "On ne sait encore rien, quelles personnes et quels services vont être touchés", déclare ce technicien engagé chez Proximus depuis 15 ans et affilié à la CGSP. "On est en train de perdre un fleuron national. Le caractère public de l'entreprise nous rassure un peu pour l'avenir mais on ne se fait pas d'illusion : on sera privatisé un jour."

"Ca fait chaud au coeur, cette mobilisation. On veut dire à la direction que nous ne sommes pas juste un nombre mais bien des personnes qui ont une maison, des enfants", lance une employée de call-center, âgée de 20 ans et embauchée il y un an.

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La jeune femme affiliée à la CSC est doublement inquiète car son compagnon travaille aussi dans l'entreprise. La crainte qu'ils perdent tous les deux leur boulot. "Je comptais faire ma carrière chez Proximus. Maintenant, rien n'est moins sûr..."

"On est là pour défendre nos jobs. Quand on voit le bénéfice que fait Proximus, je suis écoeuré", déclare un homme affilié au SLFP qui exerce un métier difficile : il reçoit les plaintes des clients par téléphone. "L'arrivée en Belgique d'un 4e opérateur télécoms nous fait peur. On va perdre des clients", glisse-t-il.

Les manifestants ont formé deux groupes. L'un est devant l'entrée du personnel, l'autre devant celle réservée au management. Une direction qui s'est exilée pour la journée dans des bâtiments de Proximus à Evere pour travailler. Sur le coup de 9h, une chaîne humaine se forme pour encercler la tour.

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A Liège, un piquet est aussi organisé aux portes du Proximus Center Médiacité. Tous les services de Proximus tournent ce mardi au mieux au ralenti (comme le call-center et certains points de vente) au pire sont indisponibles. Dès mercredi, le travail devrait reprendre mais il pourrait y avoir des débrayages spontanés ci et là.

Jeudi, les permanents syndicaux vont entamer avec la direction la phase d'information et de consultation. "L'ambiance risque d'être tendue", avance Stéphane Daussaint, responsable de la CSC Transcom Proximus. "On s'opposera aux licenciements secs et on veut y voir plus clair dans le plan d'embauche de 1250 personnes : avec quel statut, quelles conditions, des employés pourront-ils être réembauchés et où, dans l'entreprise, les filiales ?"

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"Nous espérons négocier de façon constructive, de part et d'autre de la table", indique Jean-Claude Philippon.

Vers midi, il ne restait plus que quelques dizaines de manifestants au pied des tours. Mais, à entendre les grévistes, nul doute que la mobilisation du personnel restera forte, d'une manière ou d'une autre, dans les semaines à venir.

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