La libéralisation du marché du courrier allemand prévue en janvier 2008 sera-t-elle un leurre ? Le fait est que pour couper l'herbe sous le pied à ses concurrents privés, la Deutsche Post veut convaincre le pouvoir politique d'introduire un salaire minimum obligatoire. Le ministère du travail de Berlin a déjà signalé qu'il agirait en ce sens.

Une fédération d'entreprises postales privées vient de s'entendre avec le syndicat des services Verdi sur un salaire minimum pour facteurs de 9,80 € par heure en Allemagne de l'Ouest et de 9 € en ex-RDA. Les facteurs de la Deutsche Post, touchent, eux, au moins 11,40 € par heure avec le treizième mois et la prime de vacances. Les facteurs plus âgés, qui ont encore fait partie de la vieille administration postale, obtiennent même plus de 16 euros.

En revanche, les deux plus sérieux concurrents du monopoliste, TNT Allemagne et Pin (appartenant à plusieurs grands journaux) paient nettement moins que le salaire minimum négocié par une fédération dont ils ne font pas partie. Le patron de TNT Allemagne, Günther Thiel, parle d'une "incroyable farce" et menace d'intenter un procès. Le président de la fédération en question est un ancien membre du directoire de la Deutsche Post.

Pour les experts c'est une organisation fantoche contrôlée par le monopoliste. En Allemagne il n'existe pas de salaire minimum légal. Un salaire plancher obligatoire ne vaut que pour ouvriers de la construction, peintres et couvreurs.

Pour que le ministère du travail puisse rendre obligatoire un salaire négocié entre patronat et syndicat, il faut que la convention collective s'applique à au moins la moitié des employés du secteur. Tel semble être le cas dans le cas des postiers.

Le ministre social-démocrate du travail Franz Müntefering a immédiatement promis d'appliquer par décret le salaire obligatoire au secteur postal d'ici à la fin de l'année. Il est un adversaire de la fin du monopole du courrier, mais il n'a pas réussi à convaincre la chancelière Merkel de renoncer à la libéralisation.

Début août Klaus Zumwinkel, patron de la Deutsche Post, avait menacé de devoir licencier 32 000 des 160 000 employés postaux en cas de concurrence sauvage. Il avait reproché à plusieurs concurrents privés de payer des salaires de famine aux employés qui doivent, pour vivre décemment, être secourus par l'assistance sociale. Il avait aussi défendu le privilège d'exemption de la TVA. Or, on ne voit pas comment les concurrents privés pourront défier le monopoliste, s'ils paient 19 pc de TVA et perdent l'avantage des petits salaires.