Le prix du pétrole s'est propulsé mercredi à 78,77 dollars le baril à New York, un nouveau record historique, après l'annonce d'une baisse surprise des stocks de brut américains, sur un marché dominé depuis un mois par des spéculateurs comptant profiter de prix record. Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le cours du baril de "light sweet crude" pour livraison en septembre s'est hissé à 78,77 dollars, dépassant ainsi le record enregistré un an plus tôt en pleine offensive militaire israélienne au Liban.

Vers 16H30 GMT, les prises de bénéfices entamaient légèrement les prix: le baril valait 76,97 dollars à New York et 75,67 dollars à Londres sur l'IntercontinentalExchange. Depuis la mi-juin, les prix du pétrole se sont appréciés de plus de douze dollars à New York, soit près de 20%.

Les cours ont bondi mercredi après l'annonce par le département américain à l'Energie d'un déclin six fois plus important que prévu des stocks de brut, qui ont reculé de 6,5 millions de barils la semaine achevée le 27 juillet. Les réserves d'essence ont, pour leur part, progressé de 600.000 barils. Le taux d'activité des raffineries a progressé de 91,7% à 93,6% en une semaine.

Le marché s'inquiète depuis plusieurs semaines de l'équilibre, qu'il juge précaire, entre la demande et l'offre mondiale de pétrole. La tendance haussière "se nourrit de l'idée largement répandue que l'équilibre mondial de l'offre et la demande va se resserrer encore avant la fin de l'année", ont commenté les analystes de Barclays Capital.

"La croissance poussive de l'offre hors-Opep, qui se combine à la volonté, de la part de l'Opep, de défendre des prix (élevés), suscite des inquiétudes sur l'offre disponible dans l'avenir", ont-ils ajouté. L'Agence internationale de l'Energie (AIE), qui défend les intérêts des pays consommateurs de l'OCDE, prévoit que la croissance mondiale de la demande, qui avait ralenti en 2006, année des records, rebondira en 2007 et en 2008, malgré des prix élevés.

Le directeur de l'AIE, Claude Mandil, a immédiatement appelé mercredi l'Opep à réagir, après le nouveau record des prix. Mais le cartel pétrolier n'a pas manifesté à ce jour une intention d'augmenter ses niveaux de production. Cependant, Olivier Jakob, du cabinet spécialisé Petromatrix, estime que les fondamentaux du marché ne justifient pas les prix atteints en ce moment. Pour lui, c'est en premier lieu la spéculation qui explique la flambée des cours à New York.

L'autorité américaine de régulation des marchés des matières premières (CFTC) avait signalé mi-juillet un niveau record de positions longues sur le marché, symptôme d'un marché pariant sur une progression continue des cours. L'Opep, qui considère que le marché est correctement approvisionné en brut, martèle depuis plusieurs semaines que ce sont les fonds d'investissements qui ont fait flamber les prix.

Des facteurs géopolitiques, comme l'instabilité au Nigeria et les tensions à propos du programme nucléaire iranien, ont également contribué à soutenir les prix au cours des derniers mois. La saison des ouragans, qui entre dans sa phase la plus active de l'année, ajoute une inquiétude supplémentaire avec les menaces sur les installations pétrolières du Golfe du Mexique.