Une expertise a été demandée ce lundi, et une nouvelle audience décidée pour octobre par le tribunal correctionnel de Dax (France), dans l'affaire de la société Herta accusée d'être responsable de la mort d'un enfant qui s'était étouffé avec une saucisse Knacki.

Le tribunal, qui devait rendre son jugement ce jour après une audience le 25 janvier, a demandé une expertise sur les effets de la composition des saucisses et leur caractère éventuellement spongieux susceptible de gonfler, et donc potentiellement de bloquer la trachée et provoquer un étouffement des enfants.

L'expert en agroalimentaire devra rendre son rapport dans un délai de quatre mois, avant une nouvelle audience le 11 octobre. Le rapport devra notamment dire si les saucisses ont un caractère dangereux et si de nouvelles mises en garde sont nécessaires.

Me Julien Vernet, avocat du groupe Herta, s'est dit "surpris" par la décision mais assure aborder la suite avec "sérénité". "On ne peut que prendre acte de cette expertise qui pose la question de la composition du produit. On va apporter tous les éléments sur les produits qui ont une absence totale de dangerosité", a-t-ajouté.

"1,7 million de ces saucisses sont vendues chaque jour; si la composition était dangereuse, les accidents seraient apparus plus tôt et dans des proportions plus importantes. Ces saucisses ne sont pas plus dangereuses qu'un morceau de pain, un bout de brioche ou une cacahuète", a-t-il assuré à la sortie du tribunal.

La famille soulagée

Défenseur de la famille, Me Philippe Courtois a affirmé que la famille se sentait "soulagée que leur cri ait été entendu par le tribunal", alors que le parquet avait requis la relaxe. "Cette expertise que nous demandions va dans le sens du combat de la famille de protéger les plus jeunes. Cela va permettre de lever tout doute et de connaître les risques pour les plus jeunes", a ajouté l'avocat.

Herta était poursuivie pour "homicide involontaire par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence" posée par le Code de la Consommation après la mort en 2014 du petit Lilian.

Lors de l'audience le 25 janvier, le parquet avait justifié sa demande de relaxe en estimant qu'il ne fallait pas " confondre le juridique et l'émotionnel". Le parquet avait souligné qu'il n'y avait aucune obligation légale pour les professionnels en matière d'avertissement sur les emballages.

Le petit Lilian Lerbey, âgé de 2 ans et 11 mois, était mort le 11 août 2014 dans un camping de Messanges, sur la côte landaise, où sa famille bordelaise séjournait en mobil-home.

Après quelques bouchées d'un repas composé de haricots verts et saucisses Knacki coupées en rondelles par la maman, Lilian s'était étouffé et n'avait pu être ranimé par les secours malgré l'intervention immédiate d'une amie infirmière anesthésiste et de nombreuses manoeuvres type Heimlich, tapes sur le dos ou suspension par les pieds.

Une simple recommandation à l'époque

A l'époque, seule une "recommandation pour les plus jeunes" de couper en "tout petits morceaux" était indiqué sur les paquets.

Depuis 2015, à la demande de la famille Lerbey, une nouvelle mention avec logo d'alerte figure au dos des emballages : "Pour les enfants de moins de 4 ans, couper la saucisse dans le sens de la longueur puis en tout petits morceaux afin de prévenir les risques d'étouffement".

Une autre procédure au civil pour réparation du préjudice subi par la famille s'est tenue au tribunal de Meaux le 14 janvier, et le jugement a été mis en délibéré au 11 mars.

En 2018, la Cour d'appel de Paris avait reconnu Herta responsable du handicap d'une fillette de 3 ans qui avait frôlé la mort, six ans plus tôt, avec une "Knacki ball" et indemnisé les parents, estimant que l'emballage ne prévenait pas suffisamment du danger potentiel.