Protectionnistes, nous ? Jamais ! L’accusation est dans l’air du temps entre Etats membres de l’Union, alors que le secteur automobile européen affronte des périls économiques qui menacent des milliers d’emploi, si pas la survie de certains de ses fleurons.

Pour prévenir la catastrophe annoncée, plusieurs Etats membres ont élaboré des plans de soutien publics à destination du secteur automobile. La France a débloqué 7,8 milliards d’euros, dont 6 milliards de prêts à taux préférentiels à Peugeot et Renault. L’Italie a débloqué 2 milliards, notamment pour mettre en place une prime à la casse afin de renouveler le parc automobile de la Botte, l’un des plus vétustes d’Europe. Le gouvernement espagnol a de son côté donné son blanc-seing à un ensemble de mesures chiffrées à 4 milliards d’euros (crédits publics pour les achats d’automobile, modernisation des usines, avantages fiscaux pour la recherche ).

Tant à Paris qu’à Rome et Madrid, les autorités ont indiqué que les bénéficiaires de ces aides étaient priés de s’abstenir de délocaliser leur production pour préserver l’emploi sur le territoire national. "Si l’on donne de l’argent aux constructeurs automobiles pour se restructurer, ce n’est pas pour apprendre qu’une nouvelle usine va partir en Tchéquie ou ailleurs", a ainsi déclaré sans ambages le président français. Des propos qui ont suscité l’ire du Premier ministre tchèque Mirek Topolanek, par ailleurs président du Conseil de l’UE. Même l’Allemagne - qui lors du récent sommet du G7 avait fait part de "ses inquiétudes sur les menaces protectionnistes en germe", par la voix de son ministre des Finances Peer Steinbrück - est désormais tentée de reprendre les recettes de ses partenaires européens. Alors que plusieurs sites de production d’Opel (filiale du moribond General Motors) sont menacés, le même Steinbrück a déclaré que Berlin pourrait venir en aide au constructeur s’il maintenait ses activités en Allemagne.

"Voler les emplois du voisin"

"Nous n’avons pas du tout de problème si un pays aide son industrie automobile, à condition que ce soit totalement compatible avec les règles sur les aides d’Etat", a déclaré mardi Jonathan Todd, porte-parole de la commissaire à la Concurrence Neelie Kroes. Cette aide peut notamment s’effectuer via un soutien régional, dans le but de promouvoir le développement d’une région désavantagée. Or d’aides régionales, il n’est guère question dans les plans dont la Commission a pris connaissance. Cette dernière se dit "préoccupée" par le plan français, qui semble aller à l’encontre de la liberté d’établissement d’une entreprise, ainsi que par la durée de l’aide, étalée sur 5 ans. La Commission attend toujours que Paris lui présentent des arguments convaincants, tout comme elle attend les explications de Madrid à laquelle elle a adressé un courrier ce mardi. Et si l’exécutif européen, garant du respect des traités, devait constater une entorse aux règles de concurrence et d’aides d’Etat, il pourrait exiger des entreprises concernées qu’elles remboursent les aides improprement attribuées.

"Nous devons protéger les gens en créant pour eux des vrais emplois avec un véritable avenir, pas des emplois qui n’existeront que grâce à l’argent des contribuables. Cela requiert du leadership. Et le leadership ce n’est pas soudoyer les multinationales et voler les emplois de son voisin" , a martelé mardi à Paris la commissaire Kroes, lors d’une réunion de l’Organisation de coopération et de développement économique. A la décharge des Etats membres, il est opportun de rappeler qu’en l’absence de plan européen coordonné, chacun a d’abord cherché chez lui une solution qui, pour ne léser personne, devrait être commune.