Dossier

Presque un travailleur européen sur deux reconnaît avoir déjà eu une relation amoureuse avec un collègue. C'est ce que révèle une enquête menée par Monster en 2005 à l'occasion de la Saint-Valentin auprès de 36950 Européens (1). Les plus «amoureux» semblent être les Britanniques: 57 pc des hommes et 62 pc des femmes ont répondu par l'affirmative à la question: « Avez-vous eu déjà une relation amoureuse avec une personne de votre travail? » En bas du classement, figurent... les Belges où seuls 35 pc des hommes et 37 pc des femmes ont répondu positivement.

Monster a aussi cherché à connaître la position des employeurs belges face à ces élans amoureux. A la question « l'employeur doit-il autoriser les relations amoureuses entre collègues?», 45 pc des sondés ont répondu «certainement, la vie privée et le travail sont deux choses distinctes» ; 20 pc «cela dépend de la position au sein de l'entreprise» ; 17 pc « non, les relations amoureuses au travail sont toujours sources de problèmes» ; et, enfin, 17 pc ont répondu «oui, mais le patron doit en être informé».

Individualisation des ressources humaines

«Le fait qu'on mène ce genre d'enquête est assez révélateur de quelque chose de plus général», note le professeur François Pichault, de HEC Ecole de Gestion de l'Université de Liège. «Depuis 15-20 ans, on assiste à une individualisation de plus en plus grande des ressources humaines. Avant, bien souvent dans une entreprise, les règles étaient uniformes pour tout le monde. Ce n'est plus le cas. Le fait d'avoir une relation amoureuse avec un collègue n'est désormais plus un problème et est même pris en compte dans la gestion des ressources humaines: projet de vie familiale, gestion de carrière... Aujourd'hui, il n'est plus incongru pour un responsable des ressources humaines de parler de cette relation amoureuse. Il y a quelques années, on aurait crié à l'ingérence dans la vie privée.»

Peut-on en conclure que les relations amoureuses - quelles qu'elles soient - sont plus fréquentes qu'auparavant? « Pas spécialement. Je n'ai pas de chiffres en la matière», explique François Pichault. «Mais il est vrai que de nombreux facteurs, liés à la nouvelle organisation du travail, peuvent multiplier la possibilité d'échanges amoureux.»

Un exemple: le travail par projet. «Les entreprises fonctionnent de plus en plus par projet: une équipe de quatre ou cinq personnes travaille ainsi pour arriver à un objectif et ce, de manière intensive: même le week-end et le soir.» Autre facteur: la flexibilité et la mobilité. « De plus en plus de sociétés prônent le travail mobile avec des employés qui travaillent de business centers, d'hôtels et sont amenés à rencontrer beaucoup de gens. On demande aussi aux collaborateurs plus de flexibilité, en matière d'horaire notamment. Un séminaire de trois jours à l'étranger favorise certainement les échanges amoureux.»

François Pichault constate également que, sociologiquement, certains milieux sont plus propices au développement de relations entre collègues. «C'est le cas de milieux plus clos, comme les hôpitaux, par exemple: il y a une coupure avec l'extérieur, les gens changent de vêtements, ils ont des horaires atypiques,... C'est un environnement qui favorise aussi le mariage à l'intérieur de la même catégorie professionnelle. Il n'est pas rare de voir un médecin épouser un autre médecin.»

Autre exemple de milieu propice aux rapprochements: la consultance. « Les collaborateurs travaillent en équipe. Ils vont, par exemple, être sur un projet pendant trois mois. De manière intensive. Ils se voient jour et nuit. Cela finit par créer des liens...»

(1) Ont participé à l'enquête 18365 hommes et 18585 femmes originaires de Belgique, Autriche, Danemark, Allemagne, Angleterre, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Norvège, Espagne, et Suède.

© La Libre Belgique 2006