ANALYSE

Quand, par malheur, ils se font licencier, les commentaires, d'où qu'ils viennent, se rejoignent dans une sorte de compassion effarée: «Si jeunes!». Et quand, la surprise passée, ces pauvres écartés repartent à la chasse d'un emploi décent, bien rémunéré et à la hauteur de leurs ambitions, les regards de l'entourage se font fuyants et gênés, taisant les mots qui brûlent pourtant toutes les lèvres: «Trop vieux!».

Les travailleurs d'entre deux âges - disons 45/50 ans - si loin encore des projets de retraite mais au-delà, déjà, des plans de carrière, ne voguent pas paisiblement sur le marché de l'emploi. Le plus souvent, ils y rament en silence.

Au coeur de tous les paradoxes, ces travailleurs à la quarantaine bien sonnée subissent, en outre, un dernier coup du sort: alors que le concept de la prépension a fait son apparition dans les années 80, c'est-à-dire quand ils commençaient leur carrière, il est de plus en plus question aujourd'hui d'allonger la vie active pour permettre de maintenir les caisses de pension à un niveau inépuisable. L'un dans l'autre, il y a donc de quoi perdre un peu de sa sagesse naissante.

Plusieurs initiatives tendent pourtant à calmer les esprits.

Au niveau européen, comme auprès des instances nationales, il a été décidé de lutter contre la discrimination des travailleurs en fonction de leur âge, en insistant notamment sur l'incomparable richesse que représente l'expérience des personnes d'âge mûr, non seulement dans le(s) poste(s) qu'elles ont occupé(s) mais aussi face aux divers obstacles de la vie quotidienne.

Au tout début de ce siècle, le conseil des ministres de l'Union européenne a adopté une directive sur le traitement équitable en matière d'emploi, incitant les 15 états membres à introduire une législation contre toute discrimination directe ou indirecte sur les lieux de travail, basée sur l'âge, le comportement sexuel, la religion ou le handicap des travailleurs.

A peine arrivée à son poste, la nouvelle secrétaire d'Etat au Bien-être au travail, Kathleen Van Brempt, a annoncé, dans la note de présentation de son programme, le déblocage d'un fonds de 10 millions d'euros en vue de favoriser le recrutement de travailleurs de plus de 50 ans dès 2004.

Reste à informer les uns et les autres. Et à faire sauter les autres obstacles.

© La Libre Belgique 2003