Polémiques

Haro sur Ryanair. En quelques jours, la compagnie irlandaise à bas coût a, une fois de plus, fait la Une de la presse européenne. Pour de mauvaises raisons et de nouvelles polémiques. Les charges viennent de ses propres pilotes qui ont témoigné sur les plateaux d’une chaîne de télévision néerlandaise de leurs conditions de travail. En deux temps. Il y a tout d’abord eu les accusations, à visages couverts, de quatre pilotes de Ryanair, qui se sont plaints de la pression qu’ils subissent pour voler avec le moins de carburant possible. Mercredi, c’était au tour d’un porte-parole de ces pilotes d’affirmer qu’ils volaient même lorsqu’ils étaient trop malades ou trop fatigués pour prendre leur service. "Si nous ne volons pas, nous ne sommes pas payés" , explique ce porte-parole, de manière anonyme, dans l’émission "Brandpunt Reporter". Pour ne pas perdre de revenus, ceux-ci n’hésiteraient donc pas à prendre leur service même s’ils ne sont pas en état. Ce qui est explicitement interdit par une législation européenne.

Dans un communiqué, Ryanair a vivement démenti ces différentes affirmations en expliquant que "ses pilotes se déclarent régulièrement incapables de voler et sont dès lors remplacés par des pilotes en attente prévus à cet effet" . En outre, depuis que la législation n’autorise plus que 900 heures de vol par an (soit 18 heures par semaine), les pilotes peuvent récupérer ces jours de maladie plus tard dans l’année, affirme la compagnie à bas coût. Et ils feraient régulièrement usage de ce droit : "Entre mars 2011 et mars 2012, 1 010 de nos quelque 1 700 pilotes ont utilisé cette possibilité", poursuit le communiqué. "Chaque jour, plus de 200 pilotes sont en attente et prêts à remplacer un collègue qui ne serait pas en état de voler ou à parer tout autre problème." Et comme la compagnie irlandaise en a l’habitude, elle contre-attaque. "Nous demandons qu’une enquête soit menée sur les faibles standards de journalisme de cette émission [ ] qui se fait passer pour du journalisme d’investigation, mais qui, tout au long de deux émissions séparées, n’a pu montrer aucune preuve [ ] de ce qu’elle avance. A part de faux témoignages de personnes dont l’identité est cachée par ce programme, précisément parce que ce qu’elles racontent est faux."

D’aucuns y voient déjà une "énième campagne anti-Ryanair". C’est le cas notamment de David Gering, le directeur commercial de l’aéroport de Bruxelles-Sud Charleroi, qui se pose aussi la question du professionnalisme de cette émission néerlandaise, "qui n’a aucune preuve écrite". Et d’évoquer "le lobby des compagnies traditionnelles qui est assez fort". "Ryanair n’a jamais connu d’incidents majeurs liés à la sécurité. Quand on est numéro un en Europe et coté en Bourse, on ne peut pas se permettre de prendre la sécurité à la légère", défend M. Gering. "J’ai travaillé chez Ryanair et je vous assure que la priorité numéro un de la compagnie, c’est la sécurité. A Charleroi, nous sommes témoins tous les jours de la rigueur de cette compagnie."

Toujours est-il que ces témoignages, même s’ils sont anonymes, interpellent. Que se passe-il donc exactement chez Ryanair ? Les syndicats - qui se disent choqués par ces nouvelles révélations - demandent l’ouverture d’une enquête sur "la culture d’entreprise" de Ryanair et sur sa "politique en matière de carburant".