Huit ans après le rachat de Chrysler, le marché spécule à nouveau sur un démantèlement du cinquième constructeur automobile mondial, DaimlerChrysler, alors que la filiale américaine s'enfonce dans le rouge. A la Bourse de Francfort, DaimlerChrysler a grimpé de près de 10 pc depuis une semaine. A l'origine de cette envolée spectaculaire, les résultats du troisième trimestre publiés mercredi dernier suivis d'une série de déclarations de la direction. Le constructeur germano-américain a réussi à limiter la casse sur la période grâce à la filiale allemande Mercedes, mais Chrysler s'est enfoncé dans le rouge, avec une perte d'exploitation abyssale de 1,2 milliard d'euros.

L'heure est grave. Alors que Daimler pensait avoir sorti la filiale américaine (marques Chrysler, Jeep, Dodge) de l'ornière, il va devoir lancer un nouveau plan de restructuration, le troisième, depuis la fusion entre les deux groupes en 1998. Les Allemands ont récemment envoyé sept équipes d'intervention à Detroit pour tout remettre à plat : modèles, production, usines. Mais les analystes sont sceptiques. Après avoir supprimé 38 000 emplois aux Etats-Unis entre 2000 et 2005, DaimlerChrysler n'a plus de marge de manoeuvre pour tailler dans les coûts. Deuxième obstacle, les problèmes de la gamme Chrysler. Le constructeur propose dans son catalogue 70 pc de gros 4x4 et de pick-ups, alors que l'envolée des prix du brut incite désormais les Américains à se tourner vers des véhicules moins gourmands en carburant. Le problème est quasiment insoluble, car une refonte complète de la gamme prend en théorie plusieurs années. DaimlerChrysler explore du coup plusieurs pistes alternatives pour lancer aux Etats-Unis des voitures plus économes.

Vente de Chrysler ?

Sur les marchés, on spécule sur le fait que Daimler pourrait bien se débarrasser de Chrysler, une solution préconisée régulièrement par les analystes. Ceux-ci rappellent que BMW a mis un point final au fiasco Rover en vendant le groupe britannique, lourdement déficitaire, pour un prix symbolique de dix livres sterling. Et depuis, le groupe bavarois vole de succès en succès. "On peut envisager plusieurs possibilités, mais une vente pure et simple paraît difficile tant que Chrysler restera dans le rouge", estime Georg Stürzer, analyste à la HVB. En revanche, Chrysler pourrait être rapidement scindé et introduit en Bourse. Ou alors, un partenaire désireux de se renforcer sur le marché américain pourrait accepter d'entrer au capital de la filiale américaine. (AFP)

© La Libre Belgique 2006