Nombreux sont ceux qui se demandent comment la Conférence de Copenhague a pu déboucher sur des résultats aussi pitoyables. Tout d’abord, il y a eu les attentes excessives. Faire croire à des populations, qui décèlent à peine la complexité du dossier, que tout est possible et que le monde va changer, ne peut qu’aboutir à la désillusion. Ensuite, c’est la prise de conscience nouvelle de l’ampleur de l’impact social et économique de la lutte contre le changement climatique d’origine anthropologique. Si des réductions de consommation d’émissions de CO2 s’avèrent possibles moyennant des efforts pour les pays riches, assurer un développement et un bien-être des populations des pays pauvres ou émergents en diminuant leur utilisation d’énergie fossile relève d’une gageure. La Chine consomme autant de charbon que USA, UE, Russie, Japon et Corée réunis. Comment pourrait-elle réduire sa consommation tout en assurant +8 % de PIL afin d’éviter ses conflits internes ?

Certains avancent que ce sont les pays d’Afrique qui ont fait capoter un accord contraignant. C’est sans doute vrai, parce que ces pays ne sont pas prêts à marquer le même engagement que nous sur le plan du développement durable. La théorie de la Pyramide des besoins de Maslow explique que, dans une société, certains besoins doivent être satisfaits avant de penser à d’autres plus nobles. Si un milliard et demi d’hommes n’ont pas accès à l’énergie, s’imaginer qu’ils contribueront à limiter la croissance de la température du globe de 2°C en 2100 est un leurre. Beaucoup d’entre eux utilisent de la bouse de vache ou de chameau, pourtant une énergie renouvelable, pour cuire leurs aliments. Comment pouvons-nous penser qu’une personne, que la mort par malaria guette à cause du manque d’hygiène élémentaire, puisse se préoccuper de la disparition d’une espèce animale dans un siècle ?

L’environnement est un problème de riches. Et le paradoxe, c’est que si nous voulons que ces pays fassent de l’environnement un souci majeur, ils doivent devenir riches et, pour ce faire, ils consommeront forcément de l’énergie. Ce n’est qu’en générant des activités à travers les nouvelles technologies, qui permettront à leur tour une meilleure utilisation des ressources, que ces populations parviendront, elles aussi, à souhaiter la protection de la planète.

Il n’existe à ce jour aucune autre énergie compétitive par rapport aux énergies fossiles ou nucléaire. Aussi regrettable que cela soit, c’est la triste réalité, malgré les nombreux efforts déployés par l’UE depuis 1978 pour la promotion des énergies renouvelables; elles arrivent à peine à couvrir 7 % de nos besoins énergétiques primaires. Coût élevé, faible densité énergétique et caractère intermittent expliquent la raison pour laquelle les plus sympathiques des énergies n’ont pas décollé. Est-il dès lors raisonnable d’espérer que les pays pauvres appliquent des solutions que les pays riches eux-mêmes ne maîtrisent pas encore sur une échelle massive ? Oui, disent-ils, à condition que vous payiez pour nous.

Le Président de la Bolivie a nettement déclaré à la tribune que le changement climatique est la faute du capitalisme. Comme lui, de nombreuses personnalités ont dit qu’il fallait en profiter pour changer la société. Ces revendications sont légitimes, peut-être même honorables, mais il serait plus honnête de ne pas agiter le spectre du catastrophisme climatique pour faire revenir Marx par la fenêtre quand d’autres l’ont jeté dehors par la grande porte.

Il y a 12 ans à Kyoto, la question du changement climatique n’était pas aussi à la mode qu’aujourd’hui. Les chefs d’Etat et de gouvernement n’avaient pas fait le déplacement, ni les vedettes de cinéma. La seule vedette présente était Al Gore qui, à son retour à Washington, n’a jamais osé présenter le protocole pour ratification : le Sénat était contre à l’unanimité. C’était donc plus facile de parvenir à un accord. D’autant plus qu’il impliquait des engagements qui ne concernaient que les pays occidentaux. Mais ce qui fait toute la différence entre ces deux conférences, c’est la réalisation que réduire les émissions revient à réduire la croissance. Même croître un peu, implique une consommation d’énergie fossile.

Si l’Europe, championne dans la lutte contre le changement climatique et dans le domaine des énergies renouvelables, parvient à atteindre son objectif contraignant de 20 % d’énergies renouvelables en 2020, il faudra quand même que les 80 % restants (en fait 84 %) soient non renouvelables. C’est la raison pour laquelle l’UE est impliquée dans la réalisation de gazoducs qui achemineront 170 à 200 milliards de m³ de gaz naturel par an. Une autre preuve est le retour en grâce de l’énergie nucléaire. Les inconditionnels du changement de société affirment que ceux qui ne croient pas au changement climatique sont soudoyés par des compagnies pétrolières. Leur thèse ne tient plus, car si malhonnêteté il y a, il faut la chercher du côté des catastrophistes.

Quelques jours avant la conférence, a éclaté le scandale du "Climategate". Suite à un vol de plus de 1 400 e-mails au plus grand centre de recherches climatiques et au départ d’un serveur situé en Russie (est-ce un hasard ?), il existe à présent la preuve d’échanges obscurs entre les scientifiques du changement climatique. Ils s’expliquent comment modifier les données pour affirmer leur thèse; mais plus grave encore, ils manigancent pour que les scientifiques ne partageant pas leur avis, ne puissent plus publier dans des journaux scientifiques. Interdire la libre expression de la science est tout simplement scandaleux !

Est-ce que le discrédit jeté sur la science qui nous avait été présentée comme étant totalement élucidée et l’échec de Copenhague vont remettre tout en question ? La frénésie de ces dernières semaines fera de la place au temps et au recul. Il est vrai que nous devons réduire nos consommations d’énergie pour protéger l’environnement - le vrai, celui de la pollution de l’air -, réduire nos factures d’énergie et diminuer la pression géopolitique qu’induit notre trop forte dépendance des importations énergétiques. La course à l’efficacité énergétique ne fait que débuter; il existe déjà des marges importantes d’amélioration à coût nul ou négatif. Il nous faudra être innovant afin de vivre bien avec moins d’énergie. Il faut encourager les jeunes à s’engager dans les études portant à l’innovation.

Car le monde continuera à utiliser de l’énergie en abondance pendant encore des décennies; principalement les fossiles encore largement abondantes, suivies du nucléaire et d’un peu de renouvelables. Paul-Henri Spaak ne s’était pas trompé en disant, lors de la conférence de Messine en 1956 : "La mise à disposition des économies européennes d’énergie plus abondantes à meilleur marché constitue un élément fondamental de progrès technologique."

Auteur de "Le Monde et l’énergie. Enjeux géopolitiques". 1. "Les clefs pour comprendre" et "Le Monde et l’énergie. Enjeux géopolitiques". 2. "Les cartes en mains", Editions Technip, Paris, 2007, et de "101 questions sur l’énergie", Editions Technip, Paris, 2008.