La bataille pour le contrôle du groupe Suez est une lutte pour un marché des services à l'environnement en pleine croissance. C'est aussi un bras de fer entre plusieurs patrons à forte personnalité, notamment le PDG de Veolia Antoine Frérot et le directeur général de Suez Bertrand Camus.

Antoine Frérot, PDG de Veolia

C'est le dimanche 30 août 2020, un mois après l'annonce par Engie de son intention de vendre ses parts dans Suez, que le patron du numéro un mondial de l'eau et des déchets lance son raid sur son rival.

Sous ses airs placides, Antoine Frérot ne peut laisser filer l'occasion : réaliser le vieux rêve d'une union entre frères ennemis pour créer "un champion mondial", un "projet dans l'intérêt de la nation" selon lui.

A 62 ans dont 30 chez Veolia (ex-Compagnie générale des eaux), ce polytechnicien, ingénieur des Ponts, eaux et forêts, en a gravi les échelons, résistant à un conflit larvé avec son prédécesseur Henri Proglio puis à une tentative de putsch. Dans les années 2010, il restructure le groupe.

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Si Antoine Frérot menait à bien l'opération Suez, il réussirait un coup maintes fois tenté. Notamment en 2006 par Henri Proglio, alors allié à l'italien Enel.

Vendredi 5 février, après des mois d'affrontement par médias interposés, M. Frérot et Bertrand Camus, directeur général de Suez, se sont finalement vus.

Mais leurs positions semblaient une fois de plus peu conciliables: dimanche 7 février, Veolia a décidé de lancer une OPA sans l'accord de Suez, renonçant ainsi au caractère amical de sa tentative de rachat.

Bertrand Camus, DG de Suez

Cet ingénieur des Ponts et chaussées de 53 ans est un pur produit de son groupe où il est entré en 1994. "Après 25 ans de carrière" à l'international et à la tête de la branche Eau France, "je connais intimement nos métiers, nos clients, nos équipes", dit-il.

En mai 2019, il a pris les rênes de Suez, tournant une page de plus de dix ans de gestion du duo Gérard Mestrallet/Jean-Louis Chaussade.

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Fin 2019, il présentait son plan stratégique visant à renforcer le groupe à l'international et dans les solutions de pointe, "dans un monde en mutation technologique et où les ressources deviennent plus rares". Objectif : détrôner Veolia de sa place de numéro un.

Pour Bertrand Camus, la disparition de Suez n'est pas envisageable, et une OPA serait "une alchimie à l'envers, pour transformer l'or en plomb".

Philippe Varin, président de Suez

Ce polytechnicien de 68 ans a pris la présidence de Suez en mai 2020. Philippe Varin est un nouveau venu dans ce secteur, après avoir fait sa carrière chez Pechiney, PSA ou Areva. Il devait notamment porter la stratégie de conquête de clients industriels de Suez.

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Il a notamment défendu le recours à une fondation de droit néerlandais pour chapeauter l'activité eau de Suez et tenter de faire capoter le plan de Veolia.

Le 3 février, il avait appelé Veolia au dialogue, pour éviter le "pourrissement" et "l'impasse qui se profilait", au vu notamment des six procédures judiciaires en cours.

Thierry Déau, président de Méridiam

Lui aussi ingénieur des Ponts et Chaussées, ce quinquagénaire qui a grandi à la Martinique a créé Meridiam en 2005, fonds d'investissement spécialisé dans les infrastructures publiques.

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Associé à Veolia pour reprendre l'Eau France de Suez, voire plus, il revendique un "engagement dans le bien public" : Meridiam est "un outil d'investissement de très long terme", "pas un fonds de spéculation en quête de rentabilité rapide".

La société a investi dans des dizaines de projets: lignes à grande vitesse en France, port de Calais, tunnel du port de Miami...

Dominique Senequier, patronne d'Ardian

"Chevalier blanc" de Suez, cette société d'investissement française privée, une des plus grosses au monde, a monté une proposition alternative de reprise avec le fonds américain Global Infrastructure Partners (GIP), annoncée en janvier, dans le but de parvenir à une "solution amicale" avec Veolia.

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Dominique Senequier, polytechnicienne de 67 ans à la tête d'Ardian, est une des rares femmes à la tête d'un fonds de cette envergure.

Cette société sortie en 1996 du giron d'Axa et détenue "majoritairement" par ses employés revendique 100 milliards de dollars d'actifs sous gestion dans une multitude de secteurs.