L'opération de rachat de Suez par Veolia est "accélérée" par l'accord intervenu lundi entre les deux grands groupes français de traitement de l'eau et des déchets, ce qui permet d'envisager une fin de l'OPA "au début de l'automne", a estimé le PDG de Veolia Antoine Frérot mardi.

"Le rythme est accéléré, la collaboration entre Suez et Veolia va permettre de traiter plus rapidement les démarches par rapport aux autorités de la concurrence", a déclaré M. Frérot sur BFM Business, en soulignant que l'accord qui prévoit le maintien des activités françaises de Suez "règle le problème de concurrence".

M. Frérot, qui a mené tambour battant la bataille boursière, juridique et industrielle depuis huit mois pour constituer "le numéro un mondial de la transition écologique", estime que le prix payé, à 20,50 euros par action Suez, est élevé, mais pas excessif, et permettra de maintenir un endettement maîtrisé du nouveau groupe fusionné à 230.000 salariés dans le monde et 37 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

M. Frérot a détaillé les "concessions" acceptées pour parvenir à un accord: "J'ai accepté qu'il y ait des activités internationales (dans le nouveau Suez, NDR), et j'ai accepté de monter mon prix [...] il y a eu un accord, donc des gestes de part et d'autre".

Le "nouveau Suez" restant, qui intégrera les activités actuelles de Suez dans l'eau municipale et le déchet solide en France ainsi que certaines activités à l'étranger, est stabilisé en France, unifié sur le long terme avec un actionnariat très long, a assuré M. Frérot.

"Ces actionnaires devront s'engager au moins sur 10 ans, veilleront à ce qu'il n'y ait pas de démantèlement de Suez, et rachèteront les actions de ceux qui voudraient partir après 10 ans", a signalé M. Frérot, en assurant qu'il n'avait pas parlé avec Ardian, un fonds qui s'était plutôt engagé du côté des initiatives de Suez.

"Si on additionne Meridiam et la Caisse des dépôts, ce serait majoritaire", a-t-il précisé en indiquant qu'il allait proposer aux actionnaires de Suez de l'argent ou des actions Veolia.

Veolia va "mixer les équipes"

A l'adresse des salariés de Suez, il a assuré que Veolia allait "mixer les équipes". "Le temps de l'affrontement est derrière nous, on passe à l'avenir. C'est le temps de la construction, du rapprochement", a-t-il lancé.

Il a énuméré la liste des cinq grands chantiers industriels dans lequel le nouveau groupe fusionné "champion de la transition écologique" cherchera à investir.

Recyclage du plastique, "on le fait encore trop peu", "garantir la qualité de l'air dans les écoles, les supermarchés, les grands magasins et les bureaux", "capturer le carbone" pour gagner la bataille des émissions en 2050, construire une "grande usine de recyclage des batteries électriques" et lancer un grand chantier liant "énergie-agriculture-alimentation": "comment nourrir avec moins d'eau, moins d'énergie et moins de sol", a-t-il dit.

"En 2030, en Europe, on attend un million de batteries de véhicules électriques usagées, (...) nous voulons être le clair leader, européen d'abord, mondial ensuite du recyclage des batteries électriques, extraire le lithium, le cobalt, le zinc pour construire de nouvelles batteries parce que nous aurons les métaux et les terres rares", a-t-il détaillé.

"Si nous ne profitons pas de cette opportunité nous le regretterons", a ajouté M. Frérot en réponse aux critiques, à gauche notamment, qui fustigent la destruction d'un des deux fleurons industriels français de l'eau et des déchets.

"Aujourd'hui nous avons deux champions mondiaux, c'est vrai, mais dans 20 ans si nous ne rassemblons pas nos forces ce n'est pas deux, c'est zero", a-t-il dit.