En 2012, le géant californien Google a engagé comme ingénieur en chef Ray Kurzweil, cerveau en matière d’intelligence artificielle. Connu comme promoteur du transhumanisme, il est le pape de la "singularité". Sa thèse : "dès 2045 l’intelligence artificielle dépassera celle de l’humain". Son rêve : faire reculer la mort, et notamment, améliorer le cerveau humain grâce aux implants et aux ordinateurs, et même le rendre immortel en "versant" (uploader) l’intelligence humaine, le contenu d’un cerveau, dans un ordinateur. Pour le Pr Blondel (UCL), les thèses de Kurzweil n’appartiennent pas au domaine scientifique.

"La base scientifique n’est pas avérée. Même aux Etats-Unis, la communauté scientifique est très dubitative. Pour son engagement chez Google, il doit y avoir un aspect de communication…" Pour la théorie de la singularité, il existe le test de Turing : il consiste à poser des questions en aveugle via un clavier et à deviner s’il s’agit d’un humain ou d’une machine. La machine dépassera l’humain lorsque "l’intervieweur" ne pourra plus faire la différence. Pour l’instant, le test échoue après quelques minutes. La machine éprouve des difficultés à "chaîner" toutes les réponses et se contredit. "Il est vrai que la capacité de traitement des ordinateurs n’arrête pas de croître, mais la singularité, c’est une extrapolation", estime le Pr Blondel.

Université de la Singularité

Quoi qu’il en soit, Google parraine l’Université de la Singularité, que dirige Kurzweil et qui travaille sur les NBIC, technologies chères aux transhumanistes. Celles-ci proposent d’installer des implants dans le cerveau, de reprogrammer notre ADN, de placer des microrobots dans notre corps pour nous soigner…

"Google est un attracteur pour les scientifiques transhumanistes brillants, juge le Dr Alexandre. L’idéologie est surtout répandue aux Etats-Unis, dans la Silicon Valley (pôle technologique en Californie) et Google est l’épicentre du groupe transhumaniste. En Europe, on est plus en retard dans ces technologies et on est moins technophiles. On se méfie de tout ce qui est transformation humaine." Aux USA, la Nasa est notamment aussi très proche des transhumanistes. "C’est logique. Si pour un voyage spatial, il vaut mieux vivre longtemps, et donc miser sur le transhumanisme."