Le baril de Brent a atteint jeudi matin 135,14 dollars à Londres, un nouveau record absolu, dépassant le prix du "light sweet crude" new-yorkais, dopé par les craintes sur l'offre, la passivité de l'Opep, une fonte des stocks américains et une vague d'achats spéculatifs. Le baril de Brent dépasse à présent d'une courte tête le "light sweet crude", qui a culminé jeudi à 135,09 dollars.

Depuis mardi, l'hystérie s'est emparée à nouveau du marché. Mercredi, le pétrole a dépassé pour la première fois 130, 131, 132, 133 et 134 et 135 dollars.

"Il y a moins d'une semaine, Goldman Sachs avait publié son rapport sur les +141 dollars+ et les prix bougent si vite que (...) cette cible pourrait être atteinte avant la fin de la semaine", commentait Olivier Jakob, du cabinet indépendant Petromatrix.

Les analystes notoirement "haussiers" de la banque Goldman Sachs - qui avaient dès 2005 prédit un baril à 100 dollars - avaient encore fait grand bruit en annonçant le 5 mai que le pétrole pourrait toucher 150 dollars d'ici deux ans. Au rythme actuel de la hausse des prix, leurs prévisions pourraient se vérifier plus vite que prévu.

Le ministère de l'Energie américain a annoncé mercredi que les stocks de brut aux Etats-Unis, qui étaient supposés s'étoffer, avaient au contraire baissé de 5,4 millions de barils au cours de la semaine qui s'est achevée le 16 mai. Contre toute attente, les stocks d'essence ont aussi diminué, de 800.000 barils. Seules, les réserves de produits distillés (gazole et fioul de chauffage) ont augmenté, mais bien moins que prévu.

Cette annonce a encore aggravé le sentiment que l'écart entre offre et demande se resserre dangereusement au fil des mois. Alors que la demande ne cesse de progresser dans les pays émergents, l'offre peine en effet à suivre.

Signe que ces craintes ne sont pas liées à des difficultés temporaires, le mouvement touche aussi les prix à long terme. Le pétrole vendu avec échéance en décembre 2016 - le contrat le plus éloigné disponible à New York - s'échange déjà à près de 140 dollars.