Regards croisés sur l'économie sociale

Regards croisés sur l'économie sociale
© n.d.

Entreprises & Start-up

G. A. (St.)

Publié le

Comment définiriez-vous l’économie sociale?

Andreia Lemaître En Région wallonne, les acteurs liés au secteur sont d’accord sur la définition suivante, adoptée par la Conseil Wallon d’Economie Sociale en 1990. L’économie sociale regroupe les activités économiques exercées par les associations, coopératives, mutuelles, dont l’éthique se traduit par les principes suivants :

1) finalité de service aux membres ou à la collectivité plutôt que de profit ;

2) processus démocratique de prise de décision (il s’agit du principe "un membre – une voix");

3) autonomie de gestion ;

4) primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition des revenus.

Avez-vous un exemple de réussite prouvant que l'économie sociale n'est pas une utopie?

Andreia Lemaître Oui, celui de Monceau-FONTAINES, un site d’économie sociale en Région Wallonne. Né sur un ancien site industriel désaffecté de l’ancienne région minière de Charleroi, ce site regroupe aujourd'hui 15 associations et entreprises à finalité sociale. Celles-ci proposent plus de 44 biens et services dans des domaines très variés : accompagnement, animation, bâtiment, chauffage, couture, crédit solidaire, formation, graphisme, informatique, location, logement social, musique, nettoyage, parcs et jardins, publication, repassage, restauration,...etc.

  • Philippe Defeyt parle des synergies économie solidaire et environnement

Pour l'instant, à la base de l'économie sociale et solidaire, il y a une prise d'initiative individuelle ou de groupe. Or, le taux entrepreneurial en Belgique reste l'un des plus bas au monde. Avez-vous des solutions pour stimuler ce taux entrepreneurial?

Philippe Defeyt Je n'ai pas de solutions. J'ai juste une piste à laquelle je tiens particulièrement. C'est le mode de fonctionnement de l'école. Je ne parle pas ici du contenu ou de la discipline. Je ne pense pas que l'école soit un lieu favorable au développement de la créativité. Et avant d'avoir besoin d'entrepreneurs, on a besoin de gens créatifs, qui peuvent voir les choses autrement et qui sont capables d'adapter le fonctionnement de l'école aux événements extérieurs. Faire en sorte que les gens soient entrepreneurs dans tous les domaines de la vie est déjà un début de solution. Comme par exemple créer un nouveau service social ou une association qui donnera du liant dans une commune ou un quartier.

  • Philippe Defeyt parle de l'expérience hennuyère

Quels sont les enjeux de demain pour l'économie sociale ?

Andreia Lemaître Arriver à faire entendre sa voix dans le débat public et il que ses spécificités soient reconnues. L’économie sociale a une capacité d’innovation sociale, c’est-à-dire que l’histoire montre de nombreux exemples où elles mettent à jour des demandes sociales émergentes auxquelles elles tentent de répondre par des pratiques économiques (liées à la production, à la consommation, etc.) porteuses d’enjeux de bien-être social, de cohésion et de justice sociale. C’est pourquoi ces nouvelles pratiques devraient interpeller les pouvoirs publics.

L'économie solidaire peut-elle jouer un rôle de levier dans l'actuelle crise financière?

Philippe Defeyt Elle peut et doit jouer un rôle. Parce qu'aujourd'hui, il y a deux dimensions. Avant d'être une crise financière, le problème va être un problème d'économie réelle, d'activités, d'emplois, de services rendus à la population. Et d'autre part, il y a aussi une faillite morale qui est l'érosion de choses essentielles à la prospérité d'une société : du sens, du liant social et du faire ensemble. L'économie sociale peut lier ces deux choses en même temps.

Andreia Lemaître Dans le court terme, je pense que cela relève davantage de la régulation publique : c’est aux pouvoirs publics de voir quelles mesures il s’agit de prendre. L’économie sociale ne se substitue pas à la régulation publique, qui fixe les règles du jeu.

Mais la crise actuelle et la perte de légitimité des discours, basés sur le tout au marché, conduisent de fait à s’interroger sur le rôle, les apports et les limites, que peuvent jouer ces autres manières d’entreprendre, où l’activité économique n’est pas définie comme un outil de rapport financier pour le capital investi.

Dans plusieurs pays européens, des statuts légaux ont été introduits pour encadrer le développement des entreprises sociales, pour permettre la création de sociétés commerciales à finalité sociale. En Belgique par exemple, il s’agit du statut de Société à Finalité Sociale, « SFS », introduit dans la législation en 1995.

Quels seraient vos rêves pour un monde meilleur?

Philippe Defeyt J'aimerais créer un centre didactique, un musée, un lieu de rencontres, de productions scientifiques et de nouveaux produits qui tourneraient autour de l'utilisation non alimentaire des plantes. Il y a un nombre incroyable d'usages non alimentaires des plantes autour duquel on peut reconstruire une économie plus locale et plus solidaire.

Andreia Lemaître Pour rester dans le sujet, je dirais un monde où l’on parviendrait, comme dirait Polanyi, à réconcilier l’économie, le social et l’environnement dans des mesures bien plus harmonieuses qu’aujourd’hui.

A lire également

Libre ECO

Immobilier pour vous