Entreprises & Start-up L’idée hante depuis plusieurs années le patron de Ryanair, Michael O’Leary, sans concrétisation pour l’instant : la compagnie low cost veut relier les Etats-Unis depuis l’Europe avec une offre à très bas prix. Le patron irlandais, dont on connaît les déclarations parfois intempestives, en a remis une couche cet été en affirmant à l’agence Reuters qu’il planchait sur une offre de vols transatlantiques "à partir de dix euros". Sans " les frais de bagages, ni les extras". Le but est de "faire éclater" le marché du transatlantique.

D’après Michael O’Leary, il existe "une opportunité", avec l’accord de ciel ouvert entre les Etats-Unis et l’Europe, pour connecter 15 villes européennes directement à 15 grandes villes américaines. " Mais vous avez besoin d’une flotte neuve de 40 à 50 avions et pas quatre ou six appareils", explique l’Irlandais. Michael O’Leary reconnaît aussi qu’il devra modifier quelque peu le modèle qui a fait son succès commercial en Europe. Selon lui, il faudrait instaurer une offre "premium" dans ses futurs avions transatlantiques, comprenez une première classe qui paiera beaucoup plus cher que les autres. " Il faudrait être fou pour exclure les 15 % de passagers prêts à payer pour les fioritures", poursuit le manager qui envisage d’offrir de l’eau gratuite sur ces vols long-courriers et peut-être même de la nourriture. Ce retour en arrière sur les principes de base de l’ultra low cost (comme elle se nomme elle-même) irlandaise a sans doute à voir avec le "couac" de "Norwegian", critiquée pour n’avoir, lors de ses premiers vols long-courriers, proposé d’eau à ses passagers que via un paiement par carte de crédit .

Alors, info ou intox de Ryanair ? " Dix euros, cela me semble totalement fantaisiste, et cela ressemble à un nouveau coup de marketing de Michael O’Leary, explique un expert du secteur. Ceci dit, sur cette route hyperconcurrentielle, avec l’amélioration constante de la flotte et la réduction des ‘extras’, il y a moyen de réduire encore sensiblement les prix". Jusqu’où ? " C’est très difficile à dire. Dix euros, cela paraît irréaliste, mais les tarifs pourraient descendre. Après tout, qui aurait cru, il y a dix ans, qu’on voyagerait vers la Grèce pour 40 euros ?"

Ryanair et "Norwegian" ne sont pas seules : de nombreuses compagnies lorgnent ouvertement ce créneau de long-courrier à bas coût depuis et vers l’Europe. L’Amérique est en ligne de mire, mais moins que le marché asiatique, en pleine croissance. Ces compagnies viennent de partout. Elles sont australienne (Jetstar), française ("XL Airways"), néerlandaise (Transavia), allemande (Lufthansa étudie un concept low cost vers l’Asie), singapourienne (Scoot), malaisienne ("AirAsiaX"), philippine ("Cebu Pacific") ou encore nord-américaine ("Southwest").

Un impact sur la sécurité ?

Toutes ne réussiront pas, comme le démontrent de nombreux projets de ce type quasiment mort nés (Air Madrid, "Zoom Airlines", Oasis Hong Kong, etc.) Car le long-courrier reste un segment particulier du secteur aérien. La seule low cost transatlantique, la britannique "Laker Airways", a d’ailleurs fait faillite en 1982 après deux ans d’activité.

Selon Jean Belotti, ancien commandant de bord et chroniqueur pour "Tour Mag", le modèle low cost n’est ainsi "pas directement transposable" aux vols long-courriers. "Les raisons sont nombreuses. Le non-retour quotidien à la base engendre des frais d’hébergement des équipages, tout comme le travail de nuit des navigants et des personnels au sol. Il y a aussi des frais de stationnement plus élevés, une quasi-impossibilité d’adopter les mêmes espacements minimums entre les sièges, ou encore une impossibilité de supprimer le repas chaud. A moins qu’on en arrive à le faire payer…"

Toutefois, selon M. Belotti, ces compagnies peuvent envisager d’attirer une "nouvelle clientèle moins exigeante" (étudiants, jeunes couples acceptant de voyager dans des conditions moins confortables…) et tenter d’appliquer toutes les "recettes complémentaires des low cost actuelles". Voire d’en ajouter d’autres (prix du repas, grille de taxation des bagages en fonction de certains critères, location d’iPad, réservation du siège, accès à Internet…) "Il faut toutefois espérer que la réduction des coûts ne touchera pas ceux de la formation et de la maintenance et que l’augmentation de productivité des équipages n’aura aucun impact sur la sécurité aérienne", conclut l’ancien commandant de bord.