L’analyse faite par Carrefour de son parc de magasins intégrés (les franchisés ne sont bien sûr pas concernés par ce plan) aboutit au constat que 27 de ses hypermarchés (sur 56) et 25 supermarchés (sur 61) sont "structurellement déficitaires depuis 2005". Pour certains d’entre eux, le groupe envisage une fermeture pure et simple. Pour d’autres, il évoque une potentielle reprise. "Notre partenaire, le groupe Mestdagh, a déclaré être intéressé par la reprise de 17 supermarchés et même éventuellement 3 hypermarchés aux conditions Mestdagh", a-t-il clairement indiqué tant au conseil d’entreprise que lors de la conférence de presse. Tout en ajoutant que "11 des 17 "super" et les 3 "hyper" sont structurellement déficitaires" (* dans la liste ci-dessous).

Ces 20 points de vente sont principalement situés à Bruxelles (Jette, Brusilia*, Bruxelles Les Halles*, Molenbeek/Mettewie*, Uccle Vanderkindere*) ou en périphérie bruxelloise (Waterloo Centre*, Rixensart), les autres l’étant dans le Hainaut (Houdeng, Gosselies*), le Brabant wallon (Jodoigne), le Namurois (Namur-Bouge*, Namur-Belgrade, Eghezée) et pas mal à Liège (Ans*, Angleur-Belle-île*, Liège-Blonden*, Liège-Cointe*, Heusy*, Spa*, Tilf*). Une répartition qui pourrait convenir au groupe Mestdagh - 69 magasins Champion - qui est surtout hennuyer et peu présent à Liège comme à Bruxelles.

Cette reprise n’a peut-être pas été présentée comme effective, mais le ton est tel qu’on pouvait penser que des discussions avaient été menées entre les deux groupes. "Je n’ai eu aucun contact avec Carrefour, indiquait pourtant mardi matin Eric Mestdagh, administrateur-délégué du groupe. Je confirme toutefois mon intérêt pour la reprise de magasins. Il y a 3 ans - quand on parlait de la fermeture de 16 magasins, qui seront finalement franchisés - j’ai envoyé un courrier à José Luis Duran (directeur général du groupe de l’époque, NdlR) expliquant que s’il y avait des opportunités de reprise, j’étais preneur. Mon discours n’a pas changé, et cette lettre est toujours d’actualité. Mais il n’y a rien de fait. Il nous faudra juger les dossiers en fonction de leur localisation, l’état du bâtiment, les coûts structurels. On analysera ceux que Carrefour nous présentera, qu’il y en ait 2, 3, 17 ou 25. Mais jusqu’à présent, je n’en ai aucun sur mon bureau."

Bien que le format traditionnel des Champion ne dépasse pas les 2 500 m² (pour une moyenne entre 1 200 et 1 300 m²), la présence de 3 hypermarchés (plus de 5 000 m²) sur la liste ne semble guère l’interpeller. "Notre métier, c’est les supermarchés, mais 2 500 m² n’est pas un maximum pour nous. Qui n’avance pas recule " Et d’ajouter qu’il serait heureux que Gérard Lavinay (patron de Carrefour Belgique) lui téléphone. Ce que ce dernier a finalement fait mardi matin, après le conseil d’entreprise extraordinaire. Et de tempérer quelque peu la réalité de cette reprise. "Cela reste une proposition, a-t-il dit. S’il n’y a pas d’accord avec Mestdagh, il faudra passer par une autre solution : franchise ou fermeture."

Mais pourquoi, tant qu’à évoquer une reprise, ne pas mettre sur le marché tous ceux dont il juge devoir se défaire ? Autrement dit aussi les 14 "hyper" et les 7 "super" dont la fermeture est annoncée. Ils sont principalement situés en Flandre où Mestdagh n’est pas présent, ce qui pourrait l’intéresser. "Parce qu’ils sont trop lourdement déficitaires, répond Gérard Lavinay, ou que, selon nous, leur potentiel commercial, même important, ne suffira pas." A moins que le propriétaire des bâtiments, le groupe Redevco, voient la possibilité de transformer ces grandes surfaces en petits centres commerciaux regroupant 4 à 5 moyennes surfaces. Comme il l’a fait à Jemappes (site abandonné par GB) ou à Hognoul (par Ikea), pour ne citer qu’eux.