Des ministres, des responsables européens, américains, indiens et chinois, ainsi que des représentants de la Commission européenne et de l'OMC se réunissaient lundi sous l'égide de l'OCDE à Bruxelles pour évoquer l'avenir de l'acier européen. L'OCDE espère voir cette réunion déboucher "sur un communiqué commun s'accordant sur une série de mesures permettant de ramener l'industrie sidérurgique à une meilleure situation", a déclaré la secrétaire générale adjointe de l'OCDE, Mari Kiviniemi, dans son discours d'ouverture.

Parmi les participants à cette rencontre, consacrée aux excédents de capacité dans le secteur de l'acier et qui doit être clôturée par un point de presse à 17H30 (15H30 GMT), figurent notamment le secrétaire d'État aux entreprises du Royaume-Uni, Sajid Javid, le ministre français de l'Economie, Emmanuel Macron, et la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström.

M. Macron devait notamment avoir une rencontre bilatérale avec Mme Malmström pour évoquer les mesures possibles pour lutter contre l'effondrement du secteur européen de l'acier, mis à mal par le dumping pratiqué par la Chine dans une situation de surcapacité mondiale.

La Chine, numéro un mondial de l'acier --elle en produit près de la moitié à elle toute seule-- et accusée par ses concurrents d'innonder les marchés avec ses produits à prix cassés, ne sera représentée que par un ministre adjoint du Commerce, Zhang Ji.

Dans un commentaire publié lundi par l'agence étatique, Chine nouvelle, média officiel dans ce pays, s'insurgeait contre les critiques formulées à l'égard de la Chine: "on ne résoudra pas les malheurs mondiaux de l'acier en montrant des pays du doigt et en pratiquant le protectionnisme".

"La dernière chose dont le monde a besoin est une guerre commerciale à ce sujet. Il y aura beaucoup plus de suppressions d'emplois que de créations si le protectionnisme domine", ajoute Chine Nouvelle.

Cette réunion à Bruxelles survient après une semaine agitée dans la sidérurgie européenne, marquée par l'annonce du géant indien de la sidérurgie Tata Steel de son désengagement du Royaume-Uni et de la vente de ses activités acier long en Europe.


Une trentaine de métallos rassemblés à Schuman pour la sidérurgie européenne

Une trentaine de militants FGTB, CGT (France) et OGBL (Luxembourg) se sont rassemblés lundi midi en face de la Commission européenne, au rond-point Schuman à Bruxelles, pour dénoncer la concurrence déloyale livrée par la Chine dans le secteur de la sidérurgie et réaffirmer leur volonté d'assurer l'avenir industriel en Europe. Un forum de l'OCDE sur la crise sidérurgique se tient lundi dans la capitale belge en présence d'une trentaine de pays européens et de la Chine, notamment. Les syndicats craignent de voir les responsables politiques décréter que l'Europe est en surcapacité de production d'acier. "Un comble" au regard des volumes exportés par la Chine, selon eux.

"L'Europe produit 140 millions de tonnes d'acier par an, soit 30% de moins qu'avant la crise", constate Angelo Basile, secrétaire général adjoint FGTB Métal. "Et l'Europe importe de l'acier, ce qui prouve que nous ne sommes pas en surproduction."

"La Chine, elle, a une surcapacité de 300 millions de tonnes qu'elle offre en Europe à un prix auquel les acteurs européen ne peuvent pas faire face. Nous ne jouons pas dans la même cour."

Pour lui, réduire encore la capacité de production menacerait l'ensemble de la sidérurgie européenne, qui "pourrait disparaître très vite", rendant l'Europe dépendante des importations.

Or la sidérurgie est un secteur stratégique et a un lien avec de nombreux autres domaines de l'industrie, souligne Philippe Verbeke, représentant du syndicat français CGT. "Nous avons besoin d'investissements pour moderniser et diversifier nos outils en vue de répondre à la demande du marché", dit-il, dénonçant la stratégie de grands groupes qui ont profité de la crise pour restructurer leurs sites.

"Si nous menons un combat commun avec le patronat pour arriver à des décisions politiques, il ne faut pas oublier la responsabilité des groupes industriels dans la crise de l'investissement."

Pour répondre à la crise de leur filière, les syndicats demandent des taxes d'importation plus équitables. Ils appellent également à revoir la procédure pour les plaintes anti-dumping en Europe. "Ces plaintes doivent être introduites produit par produit. Aux Etats-Unis, lorsqu'une plainte est déposée, toute la gamme est stoppée en attendant la décision", explique Jean-Claude Bernardino, membre du mouvement luxembourgeois OGBL.

Depuis la crise économique de 2008, l'Europe a perdu 80.000 emplois directs dans le secteur, qui compte aujourd'hui 340.000 travailleurs, selon la FGTB. En Belgique, la sidérurgie emploie 12.000 personnes, un quart de moins qu'auparavant.

La semaine dernière, le géant indien Tata Steel a annoncé son désengagement du Royaume-Uni, où il emploie 15.000 personnes, et la vente de ses activités acier long en Europe.

Les syndicats craignent également un effet domino "si on laisse massacrer cette filière". Ils évoquent trois emplois indirects pour un emploi direct dans le secteur.