Un "gros coup" ("big deal"). Voilà comment Kenny Jacobs, le directeur marketing de Ryanair, a présenté le nouveau projet de sa compagnie. Cette dernière a annoncé ce jeudi qu’elle allait se lancer dans des vols avec correspondance d’ici à la fin de ce mois. Une première pour une compagnie low cost, dont le business se limitait jusqu’ici à proposer des vols "point à point". Dans un premier temps, les correspondances seront possibles sur le réseau de Ryanair, initialement à l’aéroport de Rome-Fiumicino (d’ici à la fin avril) puis peu après sur d’autres plates-formes.

Un passager partant de l’aéroport de Zaventem ou Charleroi pourra, par exemple, s’envoler vers Lamezia, dans le sud de l’Italie (jusqu’ici non desservie par Ryanair depuis la Belgique), via une escale à Rome. Le tout en ne faisant qu’une réservation, sans devoir sortir ses bagages ou repasser devant les services de sécurité. Bref, le procédé est rodé et bien connu des compagnies traditionnelles, mais c’est la première fois qu’une compagnie low cost le tente en Europe.

Mais Ryanair va plus loin. D’ici à la fin de l’année, la compagnie irlandaise va s’allier à deux transporteurs qui effectuent des vols long courrier : la low cost Norwegian et l’irlandaise Aer Lingus. Ce qui va lui permettre de vendre des billets pour les Etats-Unis directement depuis son site internet.

Norwegian, un autre "corsaire du ciel"

Concrètement, le passager belge de Ryanair, qu’il parte de Charleroi ou de Zaventem, pourra se rendre à New York ou une autre ville des Etats-Unis, via une escale à Dublin, par exemple. Le premier vol, jusqu’en Irlande, sera effectué par Ryanair, tandis que le second le sera par Aer Lingus ou Norwegian. Le tout via une seule réservation et sans devoir décharger et recharger ses bagages de l’avion. Rappelons que si Norwegian casse les prix sur les vols transatlantiques (moins de 100 euros pour certains vols vers New York depuis l’Europe), la compagnie est aussi considérée, à l’image de Ryanair, comme un "corsaire du ciel" pour ses pratiques sociales frôlant la légalité.

Ce nouveau modèle de Ryanair annonce une petite révolution dans le ciel européen. "Aux Etats-Unis, ce système existe depuis des années, mais en Europe, c’est une nouveauté de voir des low cost collaborer avec des compagnies traditionnelles", poursuit Kenny Jacobs qui espère pouvoir travailler avec des grandes compagnies comme Air France, KLM, Lufthansa ou British Airways. Le directeur marketing parle d’une "évolution naturelle". "Ce modèle convient aux compagnies traditionnelles qui conservent le seul créneau qui leur rapporte encore de l’argent, c’est-à-dire le long courrier."

Faute de lancer ses propres avions vers d’autres continents, l’ambition de Ryanair est donc claire : alimenter les vols long-courriers des Lufthansa, British Airways et autres Air France. Et par la même occasion s’accaparer une bonne partie des vols intra-européens.