Les dirigeants de la Deutsche Bank, devenue la bête noire des opposants au libéralisme économique en Allemagne, ont essuyé mercredi les sifflets de certains salariés mais récolté les applaudissements de leurs actionnaires lors de l'assemblée générale annuelle.

Crécelles, sifflets, banderoles: une petite centaine de salariés de la première banque allemande, emmenés par le syndicat des services Verdi, ont manifesté avant l'ouverture de l'assemblée des actionnaires, à Francfort.

Attaques «honteuses»

« Josef Ackermann dehors, les 6400 salariés reviennent», exigeait une pancarte, en référence à un plan social annoncé en février par la Deutsche Bank. L'établissement va supprimer ou délocaliser 10 pc de ses effectifs malgré des résultats enviables. Il a gagné 1,1 milliard d'euros au premier trimestre.

Cette mesure est « inévitable», s'est défendu le patron suisse, M. Ackermann, un peu crispé, en prenant la parole devant les quelque 5200 actionnaires présents. « La Deutsche Bank doit devenir plus compétitive», a dit le président du directoire sans doute le plus impopulaire d'Allemagne mais aussi le mieux payé, avec un salaire de plus de 10 millions d'euros l'an dernier. Il a dénoncé les « attaques honteuses» contre lui, dans un discours parfois interrompu par des applaudissements.

Depuis l'annonce du plan social, Josef Ackermann est l'une des cibles favorites des syndicats et du parti social-démocrate au pouvoir. En mauvaise posture avant des élections régionales cruciales, le SPD a initié un débat sur les excès du capitalisme, en dénonçant les profits à court terme.

« Ce n'est pas comme cela que viendra la croissance dont nous et notre pays avons tant besoin», a répliqué M. Ackermann. Il a reçu le soutien des actionnaires, ravis de l'augmentation de près d'un tiers en deux ans de leurs dividendes, même s'ils se désolent de la mauvaise image de la banque.

« La Deutsche Bank a tout bon dans sa stratégie mais tout faux dans sa communication», a déploré Hans-Martin Buhlmann, président d'une association d'actionnaires institutionnels allemands.

© La Libre Belgique 2005