Lors de la renégociation de son contrat de gestion (2007-2011), à l'automne dernier, la RTBF avait obtenu de la ministre de l'Audiovisuel, Fadila Laanan (PS), un relâchement significatif du carcan publicitaire imposé à la chaîne publique en vertu d'un accord datant de 1989 (lequel accord, dit "TVB", protégeait les rentrées publicitaires de RTL-TVI). Cet accord stipulait que la publicité, sur la RTBF, ne pouvait dépasser un plafond de 25 pc des recettes totales.

Le nouveau contrat de gestion était, sur ce point des 25 pc, conditionné à l'adoption d'un projet de décret. C'est ce texte que les députés de la Commission de l'Audiovisuel examineront ce mercredi, en plus d'un projet ouvrant la porte à de nouveaux formats publicitaires (écrans partagés, placements de produits, pubs virtuelles). Une formalité, ce double vote ? En principe, oui, eu égard à l'accord intervenu fin 2006 au sein de la coalition PS-CDH. Mais les choses pourraient aussi se gripper...

Mobilisés par des associations opposées à un "envahissement publicitaire" (sic) de la RTBF (tels que Consoloisirs, Respire et les Equipes Populaires), certains députés de la majorité semblent réticents à l'idée d'approuver dès aujourd'hui les deux projets soumis par Fadila Laanan. C'est le cas de Jean-Paul Procureur, député CDH et ex-journaliste à la RTBF : "Sur la question de la hausse des recettes publicitaires, il serait nécessaire d'organiser un grand débat public. Il n'y a vraiment aucune urgence à décider", nous a-t-il confié à la veille de la Commission, rejoignant ainsi la position défendue par la plateforme des "anti-pub" dans un appel signé par 100 personnalités francophones (dont des socialistes...). La position de M.Procureur ne préjuge toutefois en rien de celle de ses collègues du CDH.

"Plus les annonceurs participeront au financement de la RTBF, plus ils seront en situation d'influencer directement ou indirectement le choix de ses priorités en termes de programmes ou de 'pratiques mises à l'antenne, surtout en prime-time", s'inquiètent Bernard Hennebert (Consoloisirs), Monique Van Dieren (Equipes Populaires) et Jean-Baptiste Godinot (Respire). Et le trio d'insister sur le fait que le débat en cours porte sur l'éventualité de "plus de pub" à la RTBF et non sur sa suppression totale.

Maintien de verrous

Du côté de la RTBF, on brandit la menace de l'apocalypse... "Les recettes publicitaires en télé représentent 38,5 millions d'euros. Si on devait s'en passer, cela signifierait une réduction drastique des coûts et la perte de 278 emplois", réagit Bruno Deblander, porte-parole. Mais on n'en est pas là. La question posée est celle de la suppression du plafond des 25 pc. "Compte tenu de la croissance plus rapide des tarifs publicitaires que de la dotation, ce plafond va automatiquement être dépassé, rappelle le porte-parole. Par ailleurs, la pub continuera à être strictement réglementée sur nos antennes". La RTBF continuera en effet à être soumise à un volume horaire de pubs (12 minutes par heure), à la règle des 5 minutes (programmes pour enfants) ou encore à l'absence de coupures dans les films.