Rude bataille entre géants de l'énergie

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Ariane van Caloen

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Il s'en passe des choses dans le secteur de l'énergie. L'espagnol Gas Natural avait jeté son dévolu sur Endesa qui a préféré la surenchère de l'allemand E.ON. Suez, la maison mère d'Electrabel, et Gaz de France (GDF) ont annoncé, en février, leur projet de fusion alors que des rumeurs circulaient à propos d'une possible OPA de l'italien Enel sur Suez. Quant à EDF, il crie sur tous les toits qu'il a les moyens (environ 25 milliards d'euros) pour investir et acquérir des actifs. Le géant russe Gazprom, dont l'emprise sur le marché du gaz fait peur à tout le monde, a confirmé son intérêt pour le britannique Centrica.

Partie de bras de fer

Si E.ON est prêt à payer 29,1 milliards d'euros pour Endesa, c'est d'abord parce qu'il a énormément de cash, mais aussi parce qu'il estime qu'il y a un «rendement à obtenir» sur le marché espagnol où les prix de l'électricité sont appelés à monter, explique Steven De Proost, analyste chez Dexia.

Le projet de fusion entre Suez et GDF s'appuie, quant à lui, sur la complémentarité entre le gaz et l'électricité. Il permettait aussi de contrer les ambitions du groupe Enel. Lequel a «besoin de nouveaux marchés», poursuit Steven De Proost, sachant qu'en Italie, les prix de l'électricité devraient baisser.

Toutefois, aucun de ces grands groupes n'est déjà arrivé à ses fins. La CNE, le régulateur espagnol, a assorti son feu vert à l'OPA d'E.ON sur Endesa de l'obligation de cessions majeures, à savoir la gestion des actifs nucléaires d'Endesa ainsi que 35 pc de la capacité installée d'Endesa en Espagne. Cela a fait réagir la Commission qui y voit une entrave à la libre circulation des capitaux. On est donc bien dans une partie de bras de fer entre l'Europe et Madrid.

Le projet de fusion entre Suez et GDF ne peut, lui, se faire sans l'adoption de la loi qui doit permettre de ramener à 34 pc le seuil de participation de l'Etat dans GDF. Le débat au Parlement, qui aura lieu en septembre (lire ci-dessous), ne s'annonce pas facile compte tenu de la farouche opposition de la gauche, mais aussi de l'hésitation de certains députés UMP. Et après cela, il faudra encore faire approuver la fusion par les assemblées des deux sociétés, normalement avant la fin de l'année. Or, certains actionnaires de Suez, à commencer par Albert Frère, ont fait comprendre leur réticence vis-à-vis des modalités d'échange proposées.

Quant à Enel, il semble, selon les dernières déclarations de son patron, avoir abandonné l'idée d'acheter Suez. En revanche, il pourrait se rabattre sur certains actifs de Suez-GDF qui devront être vendus pour satisfaire les demandes de la Commission européenne en matière de concurrence. Mais rien ne dit que les Italiens se contenteront de cela. Ils pourraient notamment s'intéresser à l'Espagne qui, selon Steven De Proost, «reste un marché très attractif».

Il n'est pas non plus exclu que RWE, le numéro deux allemand, intervienne à son tour dans le mouvement de consolidation. D'autant qu'il va récolter environ 17 milliards de la vente de Thames Water.

© La Libre Belgique 2006

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